‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 167 sur 316 · ABORDAGE FORCÉ EN PORTUGAL · texte numérisé non relu

ABORDAGE FORCÉ EN PORTUGAL

Au point du jour, à travers l’embrun, sorte de brouillard que produit le fouettement des vagues et l’abondance de l’écume soulevée dans l’air en poussière humide, l’Amiral reconnut le roc élevé de Cintra , près du Tage. La côte du Portugal, d’un abord toujours difficile, par une grosse mer est horriblement dangereuse par la tempête. Aucun avancement des terres, aucune ligne brisée du littoral n’amortit l’impulsion des flots arrivant du large. Les lames accourent sans obstacle avec une violence accrue par la distance, se briser affreusement sur les rochers de la côte. L’Amiral cependant, quoique nul lamaneur ne pût venir à lui, s’efforça d’entrer dans le fleuve, car il n’avait plus d’autre chance de salut que d’y pénétrer. Les rochers de ces bords, en ce moment tout à fait recouverts parla tuméfaction des vagues et leur nappe d’écume frémissante, trompaient l’œil. Une force irrésistible portait la Nina contre les écueils des bas-fonds et la repoussait de l’embouchure d’où l’écartaient aussi les eaux du fleuve, grossi des pluies et soulevées par des vents contraires. On eût dit qu’une ténébreuse puissance redoublait de fureur pour empêcher d’aborder le malheureux navire, destiné à périr presqu’en vue du port.

A l’aspect de son naufrage imminent, les habitants de la ville de Cascaës, située sur l’embouchure du Tage, coururent à l’église^ allumèrent des cierges, firent des prières pendant toute la matinée pour l’âme des marins de la pauvre petite caravelle qui semblait déjà devenue la proie d’une mer impitoyable. Et quand par l’assistance de Dieu, l’Amiral fut entré dans le fleuve, la population entière accourut au rivage, regardant comme un miracle qu’ils eussent été soustraits à une perte inévitable.

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