LETTRE DE COLOMB PUBLIÉE A ROME
la résolution de la Reine : le noble Luiz de Santangel. Il y ajouta quelques lignes en post-scriptum pour lui apprendre que la tempête l’avait forcé d’entrer dans la rivière de Lisbonne, ce qu’il regardait comme la chose la plus surprenante. En effet, il avait toute raison de redouter les frontières du monarque irrité qui lui avait dressé des embûches sur mer, à son départ, et dont les agents, en violation des droits les plus saints, avaient tenté de le faire échouer dans le port, à son retour, n’ayant pu l’ensevelir vivant dans le cachot qu’on lui avait préparé. Yenir aujourd’hui s’abriter dans ses Etats, c’était se réfugier dans l’antre du lion ^ Colomb se rendait exactement compte de la gravité du péril- et néanmoins une suprême urgence le forçait à l’encourir. Mais ce Dieu qui l’avait sauvé des conseils de la révolte et des gouffres de l’abîme, veillait sur lui. Aussi tout en constatant ce qu’offrait d’étrange et de mystérieux cette irrésistible nécessité qui l’avait contraint à s’abriter chez son ennemi, ne s’en troubiait-il point.
Incontinent il rédigea pour un autre personnage de la cour, le trésorier don Raphaël Sanchez, une relation de son voyage qui peu après fut publiée àRome. Cette lettre au fond semblable à celle que reçut Luiz de Santangel n’en diffère que par le style. On y retrouve cette candeur, cette sobriété d’images et pourtant cette vivacité de mouvement qui est propre à Colomb. Il la terminait par un élan plein d’expansion, fait pour toucher toute âme qui appartient a Jésus-Christ.
(( Quoique tout ce que je viens de rapporter, dit-il, (( semble extraordinaire et inouï, il y aurait encore des (( choses plus grandes si j’eusse eu à ma disposition des (( navires suffisants, comme cela était convenable. Ce n’est « pas à mon mérite qu’est due cette grande et vaste en-