ASSASSINAT DE COLOMB -PROPOSÉ AU ROI
aux vaisseaux qui le reucontreraient eu mer. Les courtisans pensèrent être agréables au monarque en suggérant une occasion favorable à sa vengeance. Ils insinuèrent que Colomb n’était arrivé en Portugal que pour narguer le Roi. Que l’ostentation de ses découvertes devenait un outrage, un crime de lèse-majesté. Un biographe important, Garcia de Resende, rapporte que « le Roi fut sollicité de trouver bon qu’on le tuât là, parce qu'avec sa mort cette découverte ne serait pas poussée plus avant par la Castille C )> Le père de l’histoire portugaise, le grand Joam de Rarros, constate l’offre que firent quelques gentilshommes (( de le tuer eux-mêmes% » pour l’empêcher de retourner en Castille. 11 résulte des diverses relations portugaises ^ que les courtisans trouvaient un prétexte plausible de s’en défaire impunément, soit en prenant pour une offense sa satisfaction à détailler au Roi l’importance de la découverte , soit en profitant de son extrême vivacité pour le pousser à bout, amener une querelle et se débarrasser de lui.
Mais le Roi craignait Dieu : il repoussa ces offres , dit Rarros, (c comme Prince catholique -, » d ailleurs, 1 esprit élevé de Joam II , son estime de la science , de la navigation, lui faisaient mieux subir qu’à une intelligence moins haute l’ascendant qu’exerçait l’aspect de Colomb. Sa présence avait effacé les ressentiments du dépit et de la fureur.
1 « El Rey foy cometido que ouvesse por bem de Iho matarem ahi, porque cô sua morte o descubrimento naô yria mais avante de Castella. » Garcia de Resende, Vida e feïtos del Rey dom Joam SegundOf
canit. CLXiii. . .
2 U ORereceram-se déliés que o queriam matar, e com isto se evitaria
ir este bomen a Castella. » — Joào de Rarros, Da Asia, decada i, liv. III, cap. XI, p. 240.
3 Dans sa Chronique manuscrite du roi Joam 11, Ruy de Pina au chapitre lxvi, conürme aussi cette proposition d’assassinat.
LE ROI s’y REFl'SE ET HONORE COLOMR. 3G5
Il défendit sévèrement tonte tentative contre son hôte, et commanda de le traiter avec les pins j^rands éj^ards.
D autres conseillers, moins violents f|n’astncieux, reconnaissaient, en principe, qn’il est dn devoir des Souverains d’accueillir dans leurs ports quiconque s’y réfugie contre les accidents de mer. Ils opinaient pour laisser aller l’amiral Colomb; mais voulaient que cette question de découvertes se décidât par les armes; et qu’avant que la Castille eût préparé une seconde expédition, on prît militairement possession du terrain, ce qui serait facile par l’indication des deux Portugais qu’avait ramenés la caravelle. C’est ce dernier avis qu’adopta Joam II; et tout aussitôt il combina son expédition en secret.
^ Le lundi, l’Amiral prit congé du Roi. Le monarque 1 accabla de marques d’estime et de distinction. Par son ordre, don Martin de Norona le reconduisit, entouré de tous les seigneurs de la cour, qui allèrent à une assez grande distance , pour lui faire plus d’honneur.
Sur l’invitation pressante de la Reine, l’Amiral se rendit au monastère de Saint-Antoine, où elle se trouvait alors avec les premières dames de la cour. Elle le combla de ses gracieusetés royales , et se plut à le questionner sur ce Nouveau Monde qu’il voulait amener à la loi de l’Évangile. Sa curiosité ne pouvait se lasser d’entendre. La Reine le
retint si longtemps , qu’il était déjà nuit quand il partit pour aller coucher à Llandra.
Le lendemain, au moment de son lever, un écuyer du Roi vint de la part de son maître lui offrir, s’il préférait se rendre par terre en Castille, de l’accompagner jusqu’à la frontière , ayant ordre de lui fournir, aux frais, de la couronne, les logements, les chevaux et tout ce dont il aurait besoin. En même temps, il lui amenait en présent une mule des écuries du Roi, et une autre pour le pilote