CORTÈGE DE COLOMB
végétaux et des animaux inconnus, quelques-uns vivants, la plupart empaillés : des agoutis, des coris, des guascos, de grands lézards , des serpents à brillante écaille , des carets, des alligators, des flamants roses. L’aspect horrible de deux monstres, attachés sur des pieux, mélangeait d’effroi la curiosité : c’étaient deux iguanes L On les étalait au milieu des cris et des mouvements de quarante sortes de perroquets qui s’agitaient sur leurs perchoirs et jasaient en langue barbare. Venaient ensuite les sept Indiens^ parés de leurs ornements nationaux, et soigneusement peints en blanc et en rouge. Ils précédaient le petit état-major de l’expédition. Arrivait enfin l’Amiral dans le costume de ses dignités, montant un cheval qu’il maniait avec aisance. Derrière lui, ses trois écuyers s’efforcaient de contenir la foule ardente à se précipiter sur ses pas. A tout instant, étourdis et presque effrayés de la bruyante curiosité qu’ils excitaient, les sept Indiens regardaient leur protecteur l’Amiral, dont le sourire rassurait leur faiblesse.
L’histoire l’a constaté : ce n'était pas surtout pour voir les Indiens et les choses étonnantes, portées à découvert dans leur cortège, que se formait cette affluence ^ une curiosité plus noble justifiait cet empressement. Chacun voulait contempler l’Amiral ^ graver dans le souvenir les traits de l’homme favorisé du ciel, qui avait franchi la mer ténébreuse, et reculé les bornes de la Terre. Tous les bras
^ La plus grande de ces iguanes, tuée par Colomb le 21 octobre, avait sept pieds de longueur; l’autre, tuée par Martin Alonzo Pinzon, le lendemain, 22 octobre, n’avait que quatre pieds de long.
2 Plusieurs des Indiens de Cuba n’avaient pu résister aux souffrances de cette pénible traversée ; d’autres étaient restés malades à Palos.
3 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales ^ décade F®, liv. II. chap. iii.