‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 186 sur 316 · RÉCEPTION DE COLOMB A BARCELONE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DE COLOMB A BARCELONE

trônes, une banquette en velours frangé d’or, et tout auprès, posé un peu en avant, un riche fauteuil.

Quelques instants avant son arrivée, précédés , suivant le cérémonial d’usage , de leurs hérauts d’armes , des trompettes, des messagers et de leur maison militaire, les deux Rois, le front ceint de leur couronne, revêtus de tous les attributs de la souveraineté, entrèrent et s’assirent chacun sur son trône.

Le Prince royal prit place sur la banquette.

Le fauteuil resta vide.

Les grands officiers des deux maisons royales , les ministres , les conseillers d’Etat se rangèrent à droite et a gauche, un peu en arrière des trônes. Les dignitaires de l’Aragon d’un côté: les dignitaires de la Castille de l’autre; et plus loin les employés des deux maisons civiles, les chevaliers, les écuyers, les pages, chacun d’après son rang, suivant les préséances. Dans l’enceinte réservée avaient pris place les dames du palais, les prélats, les ricos hombres^ la noblesse; en dehors de la balustrade se tenaieni debout les fournisseurs des deux couronnes et les heureuN bourgeois que protégeait quelque familier de la cour.

Au dehors s’entendait le frémissement indescriptible de la multitude ; les étroites rues de Barcelone regorgeaient d’une foule impatiente de voir. A tous les balcons ornés de fleurs , de tentures et de femmes , s’agitaient les bouquets, les éventails et les mantilles. De chaque terrasse, même des toits chargés de spectateurs, partaient mille bruits confus, pleins de festivité. Peu à peu, cet immense bourdonnement grandit, se renforce , va croissant et se change en retentissantes acclamations, dont les accents arrivent à l’oreille des Rois.

Les cris animés de la foule et le retour des seigneurs envoyés aux portes de la ville annoncèrent l’arrivée du

HONNEURS RENDUS A COLOMR.

oortége. On vit bientôt entrer, entouré des officiers de l’expédition, l’étendard royal, si heureusement ramené de l’autre bord de la mer ténébreuse. On admirait ees hommes

au teint halé qui l’avaient suivi à tVavers tant de périls. La

curiosité couvait du regard les objets inconnus rapportés de ce monde nouveau: les plantes, les animaux vivants ou conservés , surtout les Indiens nus et timides , coloriés de leur plus belle façon.

. Colomb parut enfin, aussi simple, aussi modeste dans la magnificence de son costume que lorsqu’il s’éloignait des murs de Santa-Fé. C’était la modestie qui s’ignore et la simplicité qui naît de la grandeur. Mais son cœur était inondé d’une sainte joie , car son front rayonnait d’une sérénité sublime. La splendeur du triomphe semblait, illuminant ses tempes , éclairer d’une auréole les ondes vivement argentées de sa chevelure. Sur ses traits épanouis de bonheur transpirait le sentiment de l’auguste mission qu’il avait accomplie.

En apercevant le Révélateur du Nouveau Monde, par un élan subit, les deux Rois, se dressant sur leur séant C firent un mouvement en avant comme pour aller vers lui, et lui tendirent gracieusement les mains. Toujours soumis à l’autorité, Colomb allait en signe d’hommage, pour baiser les mains royales, fléchir le genou, suivant l’étiquette de Castille ^ mais Isabelle et Ferdinand ne le souffrirent pas. La Reine contusionnée d’une telle modestie le fit asseoir près d’elle dans le siège qu’on lui avait préparé. « Dour Christophe Colomb, dit Isabelle, couvrez-vous devant vos Rois^ asseyez-vous près d’eux. Asseyez-vous, Amiral de rOcéan et Vice-Roi du Nouveau Monde » Les yeux bril-

* « A su llegada se levantan los benignos Reyes. — Mufioz, Uïstoria del Nuevo Mundo, t. I, lib. IV, § 15.

^ Amédée de Pastoret, Histoire des déçonvertes^ Ms., p. DG.

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