PREMIÈRE LEÇON DE SCIENCE COMPARÉE
produits de ces nouvelles contrées comparativement à leurs congénères dans le monde anciennement connu, le Révélateur du Globe fit l’exhibition d’animaux étranges : les uns terrestres, les autres amphibies^ ceux-là empaillés, ceux-ci embaumés, et les autres vivants.
Dès qu’il eut terminé cette poétique revue des trois règnes de la nature, abordant enfin l’histoire de l’homme, qui en est le couronnement , il appela l’attention sur les sept indigènes présents-, signala les différences caractéristiques de leur race-, peignit leur état social, la simplicité de leurs mœurs, leur croyance religieuse assez confuse el bornée, mais qui semblait exempte de superstitions idolàtriques, et par cela les disposait à recevoir plus fructueu-
sement l’Evangile.
Le regard lumineux de Colomb, la dignité de son attitude, sa voix persuasive, la poésie de ses images, sa hardiesse de locutions , l’autorité de son geste , relevant h nouveauté des aperçus, s’égalaient à la majesté du sujel et tenait suspendue l’attention. L’expansion de son âme. pénétrée des merveilles de Dieu, se trouvait en intime harmonie avec l’esprit de cette époque et les sentimenb particuliers de cette cour guerrière , qui, l’année précédente, avait arboré la Croix sur les tours du mahométisme, L’assemblée écoutait haletante d’un intérêt palpitant cette leçon de géographie descriptive et d’histoire naturelle comparée , que le Démonstrateur de la création donnail ainsi hardiment au milieu des illustrations de l’Espagne. 11 n’y eut point d’ennui, point de lassitude durant cette énumération des merveilles du Monde Nouveau.
L’entreprise de la Découverte avait été tentée surtout en vue de la gloire de Dieu, de la propagation du Christianisme, pour faire bénir le nom de Jésus-Christ aux extrémités de la terre. Et comme en terminant son dis-
nETENTISSEMENT DE LA DÉCOUVERTE.
ÉOLirs le Piévélateur du Globe assurait qu’une multitude infinie d’anies , jusqu’à ce jour privées de la lumière, entreraient bientôt dans le giron de l’Eglise, et, grâce à la piété des Rois, participeraient à la Rédemption^ comme l’accent de son ardente foi , sa tendre charité faisait passer dans les cœurs cette consolante espérance, le ravissement, la ferveur étant à leur comble , une émotion indescriptible, mêlée d’attendrissement, d’admiration, saisit l’assemblée^ l’enthousiasme fit explosion. Soudain par un irrésistible entraînement, la Reine, le Roi, la cour, le peuple, se jetant à genoux, lèvent les mains au ciel, louant Dieu, et versant avec Colomb des larmes de bonheur. Au même instant retentit le chant de la victoire, le triomphal 2'e Deum, entonné par les choristes de la chapelle royale. La grande voix du peuple leur répond^ et va se prolongeant au dehors , dans les foules, par toute la cité, au milieu de telles délices que les âmes chrétiennes, suivant le vénérable évêque de Chiapa, en ressentaient un avant-goût des joies du paradis.
Immédiatement après, Colomb, encore ravonnant de sublimité, remué de l’enthousiasme qu’excitait sa présence, environné d’une auréole de respects, s’inclinant, prit congé des Rois et se rendit à la demeure qu’ils lui avaient préparée. Les seigneurs de la cour, les premiers gentilshommes l’accompagnèrent jusqu’à la porte, entourés d’une loule qui ne pouvait se lasser de contempler et d’applaudir le grand homme, visiblement ministre de la Providence.