‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 2 sur 316 · de Lorgnes sont debout · texte numérisé non relu

de Lorgnes sont debout

sur des témoignages irrécusables, des preuves contemporaines, des documents authentiques recueillis par ordre de la couronne d’Espagne. Les attaques des journaux protestants de Genève, de Londres et de Dublin n ont pu détruire une seule de ses assertions.

En France, la presse quotidienne, rGmVm- excepté

? est aussi occupée de cette histoire capitale. Le !Ho- "Umrlm a consacré deux grands articles; le Pays

]>>urnal de l’empire, un très-remarquable travail • le

J orateur de la Flotte, un résumé des plus habilesl Ami de la religion, cinq numéros. Le journal des iJcbats, le Constitutionnel, le Siede, la Gazette de

PRÉFACE DE L ÉDITEUn.

France, la Pairie, l'Union, l’Assemblée nationale, les Annales de philosophie chrétienne, etc., ont reconnu sa valeur littéraire et son mérite scientifique. La Bibliographie catholique a demandé pour ce livre une PLACE d’honneur dans toutes les bibliothèques

L’histoire de Christophe Colomb écrite sous les auspices du pape Pie IX, a mérité à M. Roselly de Lorgues deux lettres autographes du souverain Pontife, auxquelles Sa Sainteté a daigné joindre la croix de Commandeur de l’ordre de Saint-Sylvestre et celle de Saint- Grégoire-le-Grand. Une traduction allemande, deux éditions italiennes, une double édition espagnole, disent assez les sympathies excitées par ce livre dans le monde catholique.

Le Saint-Père, vingt-trois cardinaux, neuf archevêques, vingt-six évêques, le général des Jésuites, le général des Dominicains, le général des Franciscains de l’observance, le général des Mineurs conventuels, le général des Capucins, le général des Théatins, ont été les premiers souscripteurs de cet ouvrage. Le rédacteur en chef du Journal de Rome, l’abbé Zanelli lui a décerné les plus grands éloges. L’illustre père Ventura de Raulica s’est fait un devoir de l’annoncer à ses compatriotes. La revue littéraire des Étals pontificaux, la Civillà catlolica du 20 février 1 858 , appelle cette œuvre : « un beau service rendu à la religion, » un bel servigio reso alla religione; et sa traduction : « une belle acquisition pour l’Italie, » un bel acquislo air Italia. Dans le second volume de son grand ouvrage, Rome et les papes [Roma ed i Papi), le célèbre Tullio

préface de l’éditeur. Ilï

Daiidolo en a reproduit de nombreuses pages à propos des règnes d’innocent VIII et d’Alexandre VI.

^ Nous croirions superflu d’insister sur l’importance d un livre honoré de pareils témoignages et d’ajouter que son auteur a reçu des marques saillantes de la satisfaction de plusieurs souverains.

Le cardinal-archevêque de Bordeaux, Mgr Donnet, ne s est pas borné à lire; il a fait l’analyse et la bienveillante critique de cette histoire, dans une lettre imprimée, adressée à M. Roselly de Lorgnes. Son minence considérant l’effet moral de la biographie de Colomb, écrit à l’auteur ; « Votre livre, dès lors, devient une bonne œuvre; vous trouverez votre première recompense dans l’estime de vos lecteurs et les félicitations du Saint-Père et de tous les prélats qui vous ont encouragé et soutenu de leurs sympathies. ..

En. effet, l’histoire de Colomb est aussi profitable au cœur qu’à l’esprit; c’est pourquoi nous avons voulu la réduire dans un format et à un prix dont pût s’accommoder un plus grand nombre de lecteurs.

INTRODUCTION

ludiffôrence des contemporains de Christophe Colomh à Tt^^rard de sa gloire.

xjonstantes sympathies du Saint-Siege pour son œuvre. — Causes de Fouhli et du dédain de sa mémoire. — Tendances de notre époque à la réhabiliter. Pré-

ventions récemment inspirées au public par l’érudition protestante. — Accusations systématiques et complicité rétrospective d’une coterie étrangère. Erreur

inévitable des Biographes sur la personne, le caractère et la situation civile de

Christophe Colomb. — Nécessité d’une bistoire nouvelle de ce héros du Catholicisme.

Le ^0 mai 1506, jour de l’Ascension, vers midi, à Valladolid, dans une chambre d’auberge, le vice-roi des Indes, grand amiral de l’Océan, don Cbristopbe Colomb, étendu sur son lit de douleurs, assisté dequel(|ues religieux Franciscains, entouré de ses deux fils et de sept oüiciers de sa maison, rendait son âme à Dieu.

La mort de l’homme qui avait doublé l’espace de la Terre ne parut faire aucun vide, causer aucune tristesse^ elle ne sembla point un evenernent pour la cité, bien moins encore une perte pour l’Espagne où elle n’occasionnait ni bruit ni sensation, et resta complètement ignorée au dehors. En ce moment, l’altention publi(|ue se trouvait dé-

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tournée par l’arrivee de la princesse Jeanne, fille d’Isabelle la Catholique, venant accompagnée de son royal époux, l’archiduc Philippe d’Autriche, que sa bonne grâce faisait surnommer a le Beau », prendre possession du royaume de Castille, devenu son héritage. Tous les grands s’étaient portés à la rencontre des augustes princes, dont on venait d apprendre le débarquement à la Corogne, après les incidents périlleux d’une traversée interrompue par unesorte de naufrage sur les côtes d’Angleterre. L’entraînement était général. Le frère dévoué de Christophe Colomb, l’ami de son enfance, don Barthélemy, avait dû lui-même, dans l’intérêt de ses neveux, quitter le chevet du malade et aller, en son nom, complimenter les nouveaux souverains.

De malignes indiscrétions touchant les contestations conjugales qui s’élevaient fréquemment entre les jeunes monarques, la mésintelligence haineuse qu’on disait déjà séparer de son gendre le Roi Catholique, les divisions du palais, les partis qui s’y formaient, de sérieuses inquiétudes sur l’avenir que préparaient ces conflits, préoccupant tous les esprits, firent perdre de vue le sort de Christophe Colomb. D’ailleurs on savait depuis longtemps, l’amiral de l’Océan tombé dans la disgrâce du Roi Catholique, et par conséquent délaissé de la cour. L’isolement s’était fait autour de lui avant sa dernière heure. Son trépas resta inaperçu. L’homme qui avait octroyé en don à l’Espagne la moitié de ce Globe, n’obtint ni honneurs, ni oraison funèbre, ni monument, ni épitaphe !

Telle était l’indifférence du public pour Christophe Colomb, qu’un littérateur lombard, alors fort en vogue, Pierre Martyr d’Anghierra, qui s’était vanté autrefois de sa familiarité avec le grand homme, et avait pris pied en Espagne, espérant, disait-il, passer à la postérité s’il écri-

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vait l’histoire des premiers événements de la Découverte, ne daigna pas mentionner cette mort. Et môme la Chronique de Valladolid, qui, depuis l’an 1333 jus(|u’à l’année 1539, a minutieusement enregistré tous les événements d’intérêt local : fondations de chapelle, d’école, naissances et mariages de conséquence, incendies, exécutions criminelles, installations d’évêques, nominations d’échevins, ne crut pas que cette mort valût d’être marquée dans ses annales. C’est que déjà pour Colomb le silence de l’ouhli précédait celui de la tombe. Nul ne prit garde à sa fin. Ses restes glorieux et méconnus furent pieusement déposés par ses seuls amis, les Franciscains, dans leur couvent de Valladolid.

Cependant au bout de sept ans, Ferdinand le Catholique s'étant ravisé, et voulant laisser à fhistoire un exemple de sa royale gratitude, se ressouvint de l’homme qui avait accru si magnifiquement la grandeur de l’Espagne, et qu’en récompense il avait tué, peu à peu, par son manque de foi, la politesse désespérante de ses refus, ses mortelles lenteurs froidement calculées. 11 ordonna de faire au défunt des obsèques conformes à son rang de grand amiral. Son cercueil fut exhumé du couvent de Saint-François et transporté dans la cathédrale de Séville, ou aux frais du souverain se lit un service solennel. Après quoi, le corps fut descendu dans les caveaux du couvent de Las Cuevas, dans la chapelle du Christ, nouvellement construite. On grava sur la pierre funéraire la légende, en deux vers, de ses armes-, et tout fut dit.

Colomb, providentiellement venu d’Italie en Espagne, y était considéré comme étranger, malgré ses lettres de naturalisation. Il n’y avait laissé, en mourant, aucune alliance puissante qui épousât les intérêts de sa gloire et de sa descendance. Depuis neuf ans, la route audacieuse-

* ÏNTRODUGTION.

nient ouverte par son genie, à travers la mer ténébreuse, jusqu’alors redoutée et crue infranchissable, était sillonnée par des aventuriers habiles et heureux. De nombreuses decouvertes avaient succédé aux siennes. Les faciles succès du présent faisaient oublier les âpres travaux d’un passé, plus connu par ses prodiges que par ses richesses. De nouveaux astres s’élevaient sur l’horizon de la renommée. Les découvertes des Portugais à l’Orient, et la navigation des Castillans dans les Indes Occidentales faisaient surgir des noms ignorés. Depuis que Vasco de Gama avait doublé le cap des Tempêtes, découvert Mozambique, Mélinde, Guzarate^ établi des comptoirs à Cochin et à Cananor-, d’un autre côté, sous le pavillon de Castille, Vincent Yanez Pinzon avait franchi la ligne équinoxiale. Pendant que la soumission de Madagascar, de Zocotora, la découverte de Sumatra, de Malaca, la conquête de Goa répandaient au loin la gloire des armes portugaises, une nouvelle ardeur animait tous les ports de l’Espagne, et activait les essais de colonisation sur le nouveau continent, dans le golfe d’Uraba, au Darien, à Porto Bello, et amenait la découverte de la Floride par Juan Ponce de Léon, bientôt suivie de celle de la Mer du Sud par le généreux Vasco Nunez de Balboa. Au milieu de ces triomphes, de ces espérances, qui songeait à Colomb?

Pendant deux années consécutives, son fils aîné avait inutilement sollicité du roi Ferdinand l’investiture des charges et dignités de son père, conformément au texte des conventions signées le 17 avril 1492, dans la plaine de Grenade, ratifiées le 23 avril 1497, et confirmées à Valence, par lettre royale dul4 mars 1S02. Tout ce qu’il put obtenir enfin de l’ombrageux monarque, fut l’autorisation de faire valoir juridiquement ses droits. Mais dans ce procès qu’il inlentait à la couronne de Castille, don Diego

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Colomb rencontrait pour adversaire le ministère public, sous le nom de Procureur Fiscal. Celui-ci, dans l’intérôt opposé, ouvrit des enquêtes où tous les ennemis de Colomb, les ingrats, les envieux, d’anciens olllciers rebelles a son autorité, furent invités à déposer contre sa gloires. Le Procureur Fiscal opposait aux prétentions du fils, (jue son père II avait rendu à la Castille aucun éminent service; qu’il n’avait pas été le véritable auteur des découvertes. On 1 accusait d’avoir dépouillé de son plan, de ses cartes, de ses observations un pilote inconnu, qui serait mort dans sa maison, quand il habitait l’jle portugaise de J^orto-Santo, et d avoir à l’aide de cette spoliation quasi-sacrilége, exécuté son entreprise. On assurait qu’au surplus, s’il avait découvert des îles, il n avait pas aborde le premier la Terre Ferme, le nouveau Continent. Ainsi se reproduisirent, fortifiées et rajeunies, toutes les vieilles calomnies que, de son vivant, l’envie sema sous ses pas à la suite de son triomphe.

Pendant que se poursuivaient ces enquêtes, un Florentin lettré et mathématicien, Amerigo Vespucci, venait d être nommé président de la commission des Examens de la marine. D abord, premier commis dans l’importante maison d’expédition maritime qu’avait fondée à Séville l’armateur Juanoto Berardi, son compatriote, et par cela établi nécessairement en rapport assidu avec Christophe Colomb, il puisa dans ses conversations le goût de la cosmogiaphie et la curiosité des merveilles lointaines. Amerigo quitta le comptoir pour l’astrolabe et le sextant; et accomplit plusieurs voyages après lesquels il devint Pilole- Major. On le mit plus lard, à la tête du Conseil Hydrographique. Dans sa jeunesse, son oncle, George Antoine Vespucci, docte religieux de Saint-Marc, chargé de l’éducation de plusieurs entants de sang illustre, l’avait associé

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à leurs études. Doué d’un style abondant et gracieux, Amerigo continua, après ses classes, de correspondre avec plusieurs de ses anciens condisciples haut placés en Europe. La description des voyages qu’il avait accomplis dans ces pays nouveaux, par lui adressée au duc René de Lorraine, à Lorenzo de Fier Francesco de Médicis, et au gonfalonier de Florence, Pietro Soderini, eut un grand retentissement. Dans l’une de ses Quatre Relations, quelques termes vagues et ambigus laissaient facultatif de croire qu’il avait, le premier, vu la Terre Ferme. Il semblait avoir donné à ces contrées inconnues le nom de Nouveau Monde.

Toutefois, personne jusqu’alors n’avait imposé un nom au continent découvert par Colomb. La Découverte ayant été faite sous les auspices de la Croix, et pour le triomphe de la Croix, cette terre nouvelle était généralement indiquée, sur tes cartes, par le signe et le nom de la Croix. Ce-continent nouveau s’appela d’abord : Terre de la Sainte Croix ou Nouveau Monde, La célèbre édition de la Géographie de Ptolèmèe, faite à Rome, dans l’imprimerie d’Évangelista Tosino, par Marc de Bénévent et Jean Cotta de Vérone, en 1608, reproduisait une mappemonde de Ruysch, où le nouveau Continent était désigné par ces mots : Terra Sanctæ Crucis, site Mundus Novus\ Mais pendant ce temps, déjà la Relation d’ Amerigo Vespucci, imprimée à Vicence, l’année précédente, était réimprimée à Milan ^ et, sans le vouloir, la France venait d’enlever pour jamais à Colomb l’honneur de doter de son nom ce Nouveau Monde, dont' il était l’inventeur.

1 L’édition de Ptolémée, faite à Venise, en 1511, par Jacobus Pentius de Leucho, avec cartes gravées sur bois, désignait aussi le Continent nouveau, par ces mots, écrits en majuscules rouges : Terra Sanctæ; Crucis,

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Lu géographe lorrain, ha])itant Saint-Dié, dans hvs Vosges, avait publié, sous le pseudonyme de MaiTinus llvlacomilus, un ouvrage de Cosmograpliie, suivi des Quatre Relations* de voyages d’Ainerigo Vespueci. Cet écrit, intitulé: Introduction A LA Cosmographie, rédigé à Saint-Dié, imprimé d’abord dans cette ville en 1507, et réimprimé à Strasbourg en 1509, était dédié à l’empereur Maximilien. L’auteur, Martin VValdsemüller, n’ynommait pas une seule fois Christophe Colomb, et paraissait ne pas même soupçonner son existence. Il attribuait ouvertement la découverte du nouveau Continent au génie d’Ainerigo Vespueci. Dans son admiration pour la sagacité d’Améric, le cosmographe de Saint-Dié déclarait qu’il ne voyait pas, quel droi! défendait de donner à ce monde nouveau le nom d’Améric' qui l’avait découvert, et de l’appeler Amérique, puisque l’usage a rendu féminins les noms de l’Europe et deTAsie^ La haute destination de cet écrit, facilita l’adoption du nom proposé par Martin Waldsemuller. On voit dans l’édition de Jean Gruniger, en 1509, que la première copie de la relation des QuatreVoyages de Vespueci, d’abord écrite en espagnol, puis traduite en portugais, fut mise en italien, d’où elle se trouva ensuite traduite en français, et bientôt du français reproduite en latin, ce qui la rendit européenne. Cette grande notoriété préparait racquiescement du public à l’injuste dénomination, que proposait si candidement le géographe de Saint-Dié.

1 Le titre complet de l’ouvrage est celui-ci : Cosmograpfùx mtroductiOy cum qiiihusdam geometriæ ac aslronomiæ principiis ad eani rrni necessariis, insuper quatuor Americï navigationcs. — Imprimé d’abord en cette ville en 1507, et réimprimé à Strasbourg en 1509.

« Non video cur quis jure vetet ab Americo invcntorc sagacis iiigcnii viro quasi Americi terram, sive Aincricam dicendam, cùm

et Europa et Asia a muiieribus sua sortitæ sint nominu. » — Cosmogra* phiæ mlroductio, cap. ix.

ÏNTKODÜCTION.

Nous sommes encore obligé d’avouer, hélas! que la France inscrivit la première ce nom d’ÂMÉRiQUE sur ses cartes de géographie. Les plus anciennes cartes imprimées à Lyon portèrent le nom Amérique ^ comme désignation du Nouveau Monde. Telle était la carte de 1522, gravée sur bois, qui fut jointe à la réimpression du Ptolémée dans les ateliers de Melchior et Gaspard Trechsel L Telle

était aussi celle que publia en 1541 l’éditeur Hugues de Portes.

Les presses protestantes de l’Allemagne multiplièrent à l’envi cette aveugle usurpation. Le moine apostat Sébastien Munster, auteur de (( ITntroduction à la table de • Cosmographie,)) répandit ce Amérique par l’imprimerie de Bâle. D’un autre côté, Joachim Vadianus, dans sa ((Cosmographie universelle, » imprimée à Zurich en 1548, propageait le nom A' Amérique. Florence accueillit avec empressement une dénomination dont s’enorgueillissait son patriotisme; et Fltalie fut dupe de ces assertions vaniteuses. Après avoir été inscrit d’abord dans un ouvrage de Cosmographie, puis gravé sur des planisphères, le nom Ai Amérique se trouva pour la première fois, en 1570, buriné sur un globe en relief. Ce globe, de composition métallique, richement damasquiné d’or et d’argent, était l’œuvre du Milanais Francisco Basso.

A cette date, le nom d’AMÉRiQUE était accepté sans conteste. Depuis longtemps on ne songeait plus à Colomb. Sa postérité était déjà éteinte dans la ligne masculine qui eut fait revivre son nom. En formant son recueil de vova^es en 1507, Fracanzo de Montalbodo ne s'était point enquis de la mort de Christophe Colomb, et ignorait même sa

* « Sous ce titre : Orh'is tijpus universalis juxta hydrographoriwi traditionem exactisslme depicta, )) 1522.

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dernière expédition maritime. Dans la traduction latine dont la préface paraît signée par Madrignano, le juin 1508, il était dit que a jusqu’à ce jour Christophe Colomh et son frère, délivrés de leurs fers, vivaient en honneur à la cour d’Espagne. >> Le continuateur de la célèbre Chronique desRoisCatholiques par llernando delPulgar, maître Vallès, attribue la découverte du Nouveau Monde, non pas à un homme, mais à une caravelle il fait allusion à la table du pilote mort chez Colomb. Cette insouciance, qui était la conséquence naturelle de tant d’erreurs, découlait naturellement du profond décri dans lequel s’etait terminée la carrière du grand Amiral de l’Océan. On peut juger de l’indifférence du public pour sa gloire, puisqu’un contemporain de la Découverte, chapelain du Roi Catholique, esprit élégant, Lucio Marineo, attire de Sicile en Castille afin d’y propager le goût des lettres latines, en écrivant 'èoxv Histoire des choses mémorables d Æ’.sy;a^?i6', faisait déjà confusion au sujet de la découverte du Nouveau Monde, défigurait le nom merveilleusement symbolique de Christophe Colomb, et ne rougissait pas de l’appeler Pierre Colomb^! Il se rendait ainsi le complice du médecin allemand Jobst Ruchamer, qui dans le premier livre germanique où l’on ait parlé du Nouveau Monde, ne prononce pas une fois le nom de Colomb^ et s’obstine à l’appeler Christoffel Dawber, ce qui signifie en français : Christophe Pigeon male.

1 (( El primero que las descubrio, fue aquella caravella llevado por \iento contrario en levante, y tan contrario que viné â en ti( vras no conocidas, etc. » — Vallès, Brève y compendiosa adicitm d Ici Chronica de los catôlicos y esclarecidos reyes, etc., capit i, fol. cciiii.

2 « Petrum Coloniiin cuni triginta qumque navibus quas Curavellas appellant et horninum magno numéro misei'e. » — Lucii Marine! Siculi,

rebus llxspaniæ memorabilibus. Lib. XIX.

Ces hommes ne se doutaient pas de l’énormité de leur profanation.

Après son troisième voyage, Christophe Colomh était tombe si bas dans l’opinion publique, qu’on ne daignait pas même s’occuper de lui. Pour beaucoup, il n’était déjà plus de ce monde. D’autres, n’attachant aucune importance à ce qui le touchait, ne prenaient pas la peine de vérifier les dates. Nous voyons que cette dépréciation de sa gloire était générale, à l’époque où parurent les trois premières Décades Océaniques de Pierre Martyr, à Alcala de Hénarès, en 1516, dix ans avant la première édition des premiers livres de l’histoire des Indes, parOviedo, publiée à Tolède, et quand le Vénitien Ramusio avait déjà entrepris sa Collection de voyages. La preuve en ressort de leurs écrits. Tous ont à disculper Colomb des accusations que la malveillance continue de répandre contre lui, depuis sa mort. Toutefois le sentiment des historiens espagnols était impuissant àréformer l’opinion publique. D’abord, parce que leurs ouvrages, comportant une assez grande étude, n’étaient pas destinés àdevenir populaires ; ensuite, parce que aucun de ces ouvrages ne fut publié dans un état d’achèvement complet; enfin, et surtout, par cela qu’ils restèrent la plupart manuscrits. Le second fils de Colomb, don Fernando, qui se fit son biographe, ne termina son travail qu’en 1536, et le laissa manuscrit. Le vertueux Barthélemi Las Casas commença le sien fort tard, et ne l’acheva que cinquante-trois ans après la mort de Christophe Colomh. Il le laissa manuscrit. L’opinion resta donc sous l’bfluence des préventions les plus injustes. La calomnie, qui avait éprouvé chacun des jours de Colomb, depuis son triomphe, au retour de son premier voyage, implacable malgré le trépas, s’acharna contre son nom, s’assit sur sa tombe et diffama séculairement sa mémoire.

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