‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 206 sur 316 · COLOMB QUITTE LA COUR · texte numérisé non relu

COLOMB QUITTE LA COUR

OÙ il arriverait, des logements gratuits , ainsi qu’à cinq domestiques de sa suite , et de laisser passer en franchise de tous droits les bagages de sa maison h

Deux jours après, l’Amiral Colomb fut nommé Capitaine général de la flotte des Indes. 11 était autorisé à nommer lui-même directement à tous les emplois de ce gouvernement nouveau. On lui remit le sceau royal avec autorisation d’en user selon qu’il le jugerait utile. Ensuite les Souverains , par un acte solennel , confirmèrent tous les titres et privilèges qui lui étaient assurés par le traité de Santa~Fé.

Comblé de marques de considération, de témoignages d’admiration et de gratitude, Colomb prit enfin congé de ses Rois. Au sortir de cette audience, il se vit encore reconduit du palais à sa demeure par toute la cour, qui vint derechef, au moment de son départ pour Séville, le complimenter en grande cérémonie.

Ce fut ainsi qu’il s’éloigna de Barcelone, accablé d’honneurs, de félicitations, et emportant les hautes espérances que l’Espagne avait mises en lui.

§ II

Au milieu de cet unanime triomphe, cependant une voix s’élevait de la foule pour l’exécrer et le maudire : c’était celle d’un matelot de Séville, nommé Juan Rodriguez Bermejo qui le premier, à bord de la Pinta^ avait crié

1 Coleccion diplomâtica. — Documentés, xxxix et n® xl, orig. en el arch. del duque de Veraguas.

2 Colomb dans ses notes le nomme seulement Rodrigo, au lieu de Rodrigues et le dit de Triana , parce qu’il l’avait vu ou connu dans ce lieu. Mais la déposition du commis aux vivres de la Pïnta corroborée de celle de deux marins, établit positivement que ce matelot était né à

JUAN RODRIGUEZ BERMEJO. 415

Terre dans la nuit du Vendredi 12 octobre 1492, et réclamait la rente de dix mille maravédis. Il conçut un tel dépit de ce qu elle eût etc adjugée à un autre, qu’il passa, dit-on, en Afrique et se lit maliométan, pensant trouver plus de justice chez eux que parmi les chrétiens.

Un historien protestant a trouvé qu’il était peu digne et peu nohle a (( Colomh d avoir dispute la récompense a un pauvre matelot )> Par bonheur le désintéressement de Colomb le défend de tout soupçon d’avidité. Il avait le premier aperçu la Terre, puisqu’à dix heures il y avait remarqué la lumière, et annoncé ce que l’obscurité ne permit au matelot d’entrevoir qu’à deux heures du matin. Le fait justifiait suffisamment sa prétention à la prime royale. D’ailleurs, ce titre de rente devenant une preuve officielle de la priorité de la Découverte, l’Amiral ne devait céder son droit à personne.

Le lendemain de son départ, les Rois adressèrent à l’Amiral des instructions générales pour le gouvernement de la colonie qu’il devait fonder. Il est curieux de le noter :

ces instructions n étaient autre chose que la coordination des propres idées de Colomb, et avalent été toutes suggérées par lui seul. On lui donnait ainsi, pour règle de conduite, son propre jugement. Les premières lignes de ce document qui nous est parvenu témoignent une fois de plus les sentiments religieux de la Reine et son appréciation du caractère surhumain de la Découverte. La Reine pleine d’égards pour le Révélateur du Globe, semblait woir resigne entre ses mains son autorité souveraine sur îes pays nouveaux. Elle ne décidait rien sans consulter

lolinos, près Séville. Pleyto^ Prohanzas del Fiscal, suplem. prim, â a coleccion diplomàtica.

Washington Irving, Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomh, t. I, liv. V, chap. vu.

416 NOMINATION d’UN VICAIRE APOSTOLIQUE.

son goût ; et quand elle voulait nommer quelqu’un dans le gouvernement des Indes, elle demandait pour lui sa bienveillance à l’Amiral. C’est ainsi qu’elle lui adressa l’un de ses officiers domestiques, Juan Aguado, le priant de lui donner un emploi, et qu’elle lui recommanda des gardes du corps et Sébastien Olano, receveur des droits de la couronne.

Les Rois, ayant reçu de Rome le Bref de nomination d’un vicaire apostolique dans les Indes, en adressèrent l’ampliation au Père Boïl, religieux de Saint-Benoît, très-estirné de Ferdinand pour son tact en diplomatie, le chargeant d’ordonner tout ce qui était nécessaire au service divin. Voulant y pourvoir avec magnificence, Isabelle fit don à la future église des Indes de tout le matériel nécessaire, des vases sacrés et d’un ornement complet tiré de la chapelle royale. Douze religieux, choisis dans différents ordres, devaient accompagner le Vicaire Apostolique.

De la cour partaient des messagers réitérés pour l’Amiral, pour l’Arcliidiacre Ordonnateur de la marine, afin de bâter le départ. On était arrivé à la fin de juillet-, l’Amiral reçut riiommage solennel du commandant et des capitaines de la flotte^ ce dont procès-verbal fut dressé. Il passa la revue du petit corps de cavalerie arrivé de Grenade , qu’on devait embarquer à Cadix. Les chevaux étaient superbes et dignes de l’équipement de leurs cavaliers. L’Ordonnateur et le Contrôleur de la marine, ayant intérêt à ce que l’œil pénétrant de l’Amiral ne perçât point les secrets arrangements faits avec les soumissionnaires des diverses parties de l’armement, se mirent en hostilité ouverte contre lui. Juan de Soria, pour faire parade de vertu aux dépens de Colomb, se montrer intégré et incorruptible, refusait d’inscrire sur les contrôles des équipages

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