CONDUITE DE JUAN DE SOPJA ENVERS UOEOMR
ntl seul domestique appartenant à rAiniral, attendu qu’en sa qualité de chef il pouvait, disait-il, donner des ordres à tout le monde. Ses fonctions de contrôleur, son zèle pour la couronne, obérée déjà de tant d’autres dépenses, lui interdisaient de condescendre à ce désir de l’Amiral, qu’il taxait d’exigence ruineuse. Se sentant appuyé par l’ordonnateur Fonseca, favori du roi Ferdinand, il en vint à manquer de respect à l’Amiral, dont la piété souffrait en silence cette indignité.
La conduite de Juan de Soria devint l’objet des conversations de la cour. Le Vicaire Apostolique, sensible à cet outrage, en écrivit à la Reine. Le Père Roïl était alors un des sincères admirateurs de l’élu de la Providence.
Isabelle adressa aussitôt à Colomb une lettre capable de réparer cette offense. Le même jour, 4 août, elle écrivit à l’Arcbidiacre de Séville , pour lui recommander d’être plein d’égards envers l’Amiral, de lui aplanir toute difficulté, d’empêcher que personne ne le contredît. Elle lui enjoignait de le considérer et de le satisfaire en toute chose, non-seulement au fond, mais encore par la convenance des formes. Elle le chargeait de notifier de sa part à Juan de Soria qu’il eût à se conformer aux désirs de l’Amiral ; qu’il se gardât bien de lui faire opposition en juoi que ce fût; et de lui dire qu’elle avait éprouvé un ^rand chagrin par sa conduite. Le lendemain, ne pouvant contenir son indignation, elle fit écrire une lettre accablante au Contrôleur de la marine; lui signifiant qu’elle entendait que l’Amiral fût considéré, honoré, traité conormement a son titre, et le menaçant d’un châtiment >évere en cas de récidive. Le 18, son ressentiment n’était joint calmé. En envoyant à Fonseca des ordres touchant e départ de la flotte, elle le rappelait encore aux égards ju’il devait à l’Amiral, et, en adressant d’autres ordres sur
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le même objet à Juan de Soria, elle ne pouvait s’empêcher de réprimander de nouveau la faute passée*.
Afin de trancher le différend relatif au personnel que pourrait emmener Colomb aux frais de la Castille, la Reine fixa 1 état de maison du Grand Amiral à trente personnes, savoir : dix écuyers à pied, portant épée, et vingt domestiques de toute fonction a la solde royale. Isabelle recommandait encore, à la fin de sa lettre, de complaire en toutes choses à 1 Amiral, de lui donner toute satisfaction ; parce qu elle le voulait, que tel était son bon plaisir, et qu’elle aurait un grand ennui s’il arrivait le contraire.
Il était difficile de porter plus loin la bienveillance royale. On ne saurait douter de la sincérité du cœur d’Isabelle. A son admiration de l’homme sublime que lui avait adressé le ciel , comme une visible récompense de sa foi, se joignaient des sympathies délicates, fortifiées de nombreuses conformités de vues, et se mêlait une tendresse presque filiale. De son côté, mieux que tout autre homme, Colomb comprenait l’adorable souveraine, distinguait ce que renfermait de vertu supérieure cette âme virile et virginale qui voilait avec un soin pudique sa poésie , son exquise sensibilité, sous les dehors de la froide raison et la gravité du commandement.
Il est à déplorer que la longue correspondance entre la Reine et l’Amiral, désormais perdue pour le monde, se réduise à quelques fragments de missives officielles, la plupart courtes et de médiocre intérêt. La dernière lettre qu’adressait Isabelle à l’Amiral, au moment de son second voyage, montre avec quelle netteté d’esprit et quelle curiosité scientifique elle suivait la question de la Découverte.
* Lettre du 4 août à Fonseca. — Lettre du 5 août à Juan de Soria.— Cédule du 18 août à Juan de Soria. — Coleccion diÿlomàtica^ docum.
nO® LXllI^ LXIV, LXV, LXVI,
RECOMMANDATIONS D’iSARELLE. 419
avant celui ou le ministre de la Providence allait derechef interroger les espaces do l’Océan, la Reine, en lui renvoyant le livre de sa navigation, resté entre ses mains et dont elle avait pris copie, l’assurait que, le Roi et elle exceptés, nul au monde n’en avait lu un mot. Elle lui disait que plus elle le relisait, mieux il lui démontrait combien sa science surpassait celle que posséda jamais un mortel . Elle insistait pour avoir des renseignements hydrographiques et géographiques, qui lui feraient mieux suivre sur la carte la route qu’il avait prise pour aller aux îles et terres qu’il avait rencontrées. Elle demandait qu’il marquât les degres, mesurât les distances sur une carte, qu elle le priait de lui envoyer, promettant de la tenir :achée, s’il le souhaitait ainsi. Elle lui conseillait, pour e soulager dans ses observations savantes, d’emmener un ion astronome; et, pensant prévenir ses vœux, elle avait 'ingénieuse adresse de lui désigner, comme d’elle-même, ion fidèle ami le Gardien de la Rabida, le Père Juan Ferez le Marchena, que par distraction elle nommait Antonio, tu lieu de Juan. « Parce qu’il est bon astronome , disaitîlle, et qu’il m’a toujours paru en entière conformité de entiments avec vous ^ » en môme temps pour abréger es retards , elle insérait dans son pli un ordre signé'en
danc, afin qu’il inscrivît le nom de l’astronome qu’il oudrait choisir. ^
C’est ICI le lieu d’ajouter un mot sur ce docte Francisain auquel l’érudition protestante a voulu disputer son idividualité , ne pouvant contester sa science. On a dit
• « Y que habies sabido en elle mas que nunca se pense que pudiera iber ninguno de les nacidos. » - A 6 de setiembre de 1493. - Domentos diplomdticos ^ n» lxxi.
® « Porque és un buen astrologue, y siempré nosparécie que se cenrmaba con vuestro pareoer. » Docwnenlos diplomcUicos, n» i,xxi.