‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 218 sur 316 · LES ONZE MILLE VIERGES · texte numérisé non relu

LES ONZE MILLE VIERGES

La chaloupe, en revenant avec sa capture, aperçut le long de la côte un canot portant quatre hommes, deux femmes et un enfant', qui sortait d’une anse cachée parmi les palétuviers. Ces indigènes furent si stupéfaits à l’aspect de la flotte, que pendant plus d’une heure ils restèrent immobiles à deux portées de mousquet, les yeux fixés sur les navires; et comme dans leur surprise, ils ne prenaient pas garde a la chaloupe, celle-ci s’approcha pour leur couper la retraite du côté du rivage. Les Caraïbes s’apercevant tout à coup de la manœuvre, prirent résolûment leurs arcs; quoiqu ils eussent affaire a plus de vingt-cinq soldats, les femmes aussi bien que les hommes commencèrent l’attaque. Tout d’abord ils percèrent de leurs flèches empoisonnées deux Espagnols. Sans les boucliers et les cuirasses ils eussent fait en un instant beaucoup de mal, tant leurs arcs étaient forts et leurs coups bien ajustés. \oyant cela, l’officier fit pousser la chaloupé sur le canot qu il chavira. Les Caraïbes n’en continuèrent pas moins, tout en nageant, à tirer leurs flèches quand ils pouvaient, pour quelques secondes, prendre pied sur les bas-fonds. Bref, ils s’échappèrent en plongeant. Les Espagnols ne purent s emparer que d’un seul de ces féroces insulaires. Encore avait-il fallu foutre-percer d’un coup de lance dont il mourut à bord.

Le lendemain soir, on reconnut une île que l’Amiral appela Sainte -Croix. Le jour suivant, il aperçut une grande terre, suivie de plus de quarante îlots. L’Amiral nomma la principale de ces îles Sainte-Ursule^ et appela collectivement toutes les autres les Onze mille Vierges.

Le lendemain on atteignit une île grande et belle, patrie de la plupart des Indiennes, réfugiées sur les caravelles. Les indigènes la nommaient l’Amiral,

venant changer ses destinées, lui donna le nom du pré-

434 l’amiral se dirige vers hispaniola.

curseur du Divin Maître. Saint- Jean-Baptiste,

Exposés aux incursions des Caraïbes, ses habitants faisaient comme eux usage de Tare, mais seulement pour se défendre. Leurs cases élégantes, leurs délicieux jardins dénotaient une certaine diabileté -, ils ménageaient devant leurs habitations des balcons et des galeries entourés de verdure pour y jouir sous leur fraîcheur de la vue de la mer-, pourtant, ils ignoraient totalement la navigation et ne fabriquaient pas de canots de guerre. La nature déployait, en ce lieu, la plus prodigue magnificence.

L’Amiral se dirigea, dès lors, à toutes voiles sur file Espagnole, vers le fortin dont la garnison préoccupait sa sollicitude. On aperçut une terre que nul sur la flotte ne connaissait. Quoiqu’il passât le long d’une côte qu’il n’avait jamais approchée, elle semblait lui être familière. Cependant parmi les marins déjà venus à Hispaniola dans le premier voyage, « tous étaient incertains si c’était réellement l’île qu’ils cherchaient. » On n’en alla pas moins, dit le docteur Chanca, (( avec la grâce de Dieu et la science de l’Amiral, par une route aussi directe que si nous eussions suivi un chemin connu et frayé. »

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