COLOMB SE DIRIGE VERS LES MONTS DE CIBAO
mécontents il s’avança vers les montagnes de Cibao. Là, d’après les Indiens, gisaient les mines d’or. Le nom même du roi de ces montagnes était de bon augure : il s’appelait Caonabo, c’est-à-dire « Seigneur de la maison d’or. »
xMin de frapper d’étonnement les Indigènes, dans sa marche, il choisit ce qui restait de plus valide en hommes et chevaux, et partit avec le plus grand ordre, entouré de ses principaux officiers, à la tète de toute sa cavalerie, qu’appuyait un bataillon d’environ quatre cents hommes divisés par sections. Il maintint dans sa petite armee l'ordre le plus scrupuleux, afin d’étonner à distance par l’ensemble de ses mouvements. Mais après avoir franchi les premières ondulations de terrain, qui du rivage de la mer s’élevaient graduellement aux montagnes, ils se trouvèrent à l’entrée d’un étroit et âpre défilé, impraticable à la cavalerie. C’était la seule route qui menât directement à Cibao; la végétation exubérante et les aspérités du sol arrêtèrent tout court le corps expéditionnaire.
Alors, sur une invitation chevaleresque de l’Amiral, quelques gentilshommes connaissant le service des pionniers, organisés par Isabelle, se mirent bravement à l’œuvre, et entraînant les premiers rangs, ouvrirent en quelques heures un libre accès à la troupe. En fbonneur de ce zèle, ce passage fut nommé « le défilé des gentils-
hommes. )>
Une fois cet obstacle franchi, l’armée put du haut de la montagne contempler une plaine majestueuse se prolongeant à perte de vue, arrosée de plusieurs rivières qui serpentaient en répandant la fraîcheur et la vie sur leurs bords où l’opulente végétation des tropiques prodiguail son luxe indescriptible. L’art des indigènes, secondante nature, avait fait de ce séjour un jardin enchante, er traçant des parterres, des vergers, des bocages, des
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prairies, des châteaux de verdure, entremêlés de légères habitations.
A ce délicieux aspect profondément ému, le contempla-
teur de la Création arrêta son cheval , et lit faire halte à la colonne, afin d’admirer à l’aise ce tableau, de s’élever à l’Auteur de ces beautés et le bénir publiquement pour les magnificences qu’il lui permettait de découvrir'. Il
nomma « la plaine royale » ia Vega real, cette vallée la plus magnifique du monde.
En approchant des habitations, les trompettes sonnaient, les enseignes se déployaient et les tambours battaient la charge. Saisis d’admiration et de frayeur, les indigènes s’empressaient au-devant de ces puissants étrangers pour les contempler respectueusement, leur offrir les fruits, les provisions et l’or dont ils pouvaient disposer, tandis que d’autres frappés d’épouvante prenaient la fuite,' ou s enfermaient dans leurs cabanes, se croyant à l’abri derrière leur clôture en roseaux. L’Amiral défendit de orcer le frêle asile, qui faisait leur sécurité. Il atteignit les rives de l’Yaque, petit fleuve dont à son premier voyage il avait vu 1 embouchure, et qu’il avait nommé le Fleuve de l’Or. On fit halte sur ses bords riants.
Pendant deux jours , l’étendard royal de Castille fut conduit au milieu de nombreuses peuplades. On atteignit ensuite les redans d’une chaîne de hautes montagnes :
c était le district de Cibao, domaine du « seigneur de la maison d’or. »
Le samedi 15 mars, il fallut encore ouvrir une route praticable à la cavalerie. Le lendemain le corps expéditionnaire s engagea dans les gorges boisées des montagnes, gravit avec ardeur leurs escarpements. Peu à peu lavégé-
^ « Prendado de su extremada belleza y bendiciendo al criador. » — i Muuoz, Historia del Nuevo Mundo^ lib. § 6.