‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 236 sur 316 · LA JAMAÏQUE · texte numérisé non relu

LA JAMAÏQUE

lions sur le pays d’oii ils liraient l’or, ils repondaient en montrant le sud. Coloinl) s’y dirigea.

Au point du jour, le dimanche, à travers la limpide atmosphère de ces latitudes où la vue “atteint une portée immense, il vit poindre les cimes hleues de hautes montagnes : c était la Jamaicpie, ou pourtant il n’arriva rju’après tout une journée de navigation. L’île leur parut d’une merveilleuse beauté.

Comme ils s’approchaient du rivage, une flottille de grands canots de guerre, montés de combattants bariolés de peintures, le chef orné de plumes, brandissant leurs armes et poussant des cris de menace, sortit des anses ombreuses pour s’opposer au débarquement. Quel-

ques présents calmèrent cette fureur, et l’on jeta l’ancre dans un port que l’Amiral nomma « la Sainte-Gloire, » tant les harmonies de la nature en rendaient le séjour délicieux, et faisaient éprouver à son ravissement comme une impression des pures jouissances des prédestinés. Ensuite

il se dirigea sur un lieu convenable au radoub, une voie d’eau s’étant déclarée dans la Nina-^ une autre flottille t fit aussi mine d’en disputer l’entrée. Malgré les clameurs sauvages et les flèches lancées contre ses caravelles , l’Amiral mouilla dans cette anse qu’il nomma le « Bon- Port. )) Cependant , ayant besoin de tranquillité pour faire son radoub et sa provision d’eau, il crut utile de montrer aux indigènes qu’on ne les craignait point. Les chaloupes bien armées marchèrent donc vers le rivage. Puis les équipages s’élancèrent à terre et firent une décharge de leurs arbalètes, qui blessèrent sept ou huit des opposants. Un chien se mit de la partie, et compléta la déroute en les mordant par derrière pendant qu’ils fuyaient L Le lendemain les Caciques du voismage en-

* L’incroyable succès obtenu par ce chien venu là de son chef, sans

LES JAEDINS DK LA REINE.

voyèrent demander la paix-, ensuite arrivèrent, chargés de provisions, des canots dont la poupe et la proue étaient enrichies de sculptures coloriées. Ces embarcations, formées d’une seule pièce, atteignaient des proportions colossales. Celle que mesura l’Amiral avait quatre-vingtseize pieds de long et huit de large. Ici la qualité des vivres était meilleure que dans les autres îles^ les fruits avaient plus de saveur, les plantes plus d’arome.

L’Amiral prit possession de cette île dans la forme accoutumée ^ y érigea la Croix avec les prières d’usage, et la mettant sous la protection de l’apôtre des Espagnes, lui donna le nom de Saint-Jacques. En trois jours, la réparation de la caravelle fut achevée, et Colomb, après avoir suivi la côte dans une longueur de vingt-cinq lieues sans trouver le moindre indice d’or, fit orienter sur Cuba, pour savoir enfin si cette terre était île ou continent *, il pensait résoudre la question quand il aurait longé ses côtes encore pendant cinquante ou soixante lieues.

Le 18 mai, il reconnut un cap avancé qu’il nomma Sainte-Croix. La côte, qui jusque-là s’étendait au couchant, formait brusquement un coude immense et se dirigeait au nord. Une tempête telle que jamais Européen n’en avait éprouvé dans ces climats les mit en grand péril. Quand elle fut dissipée, ils se trouvèrent au milieu d’écueils à fleur d’eau, d’îlots et de cayes, entre lesquels ils firent une lieue visiblement guidés par la Providence. Un nombre infini de petites îles, les unes basses et sablonneuses, les autres élevées et verdoyantes, d’un aspect riant, formaient comme un labyrinthe. Ne pouvant leur

intention hostile, et qu’un goût batailleur avait spontanément poussé sur les fuyards, donna l’idée d’employer ccs animaux comme auxiliaiiea dans la guerre contre les Indiens.

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