DOUTES DE COLOMB SUR LA FORME DE CUBA
engraissaient pour leur régaP. Une végétation vigoureuse recélait dans ses profondeurs des multitudes d’oiseaux pélagicjues : des cormorans, des alcatraz, des canards siffleurs , mêlés aux bandes sautillantes des chevaliers , des sarapicos, aux troupes de flamincos écarlates. Les vols et les cris des perrocpiets de toute nuance animaient ces solitudes.
L’Amiral passa près d’un mois à sillonner ce dangereux archipel. Durant ces travaux, plusieurs fois on descendit sur la côte de Cuba pour s’informer de la nature de cette grande terre, savoir si elle était une île ou un continent. Puis il alla lui-même à la recherche de ce problème géographique.
Quelques-uns des naturels disaient que Cuba était une île*, mais presque tous s’accordaient à reconnaître que son rivage s’étendait à l’iiiüni. Des pêcheurs, interrogés, avaient répondu que le rivage de Cuba s’allongeait sans fin à l’ouest. L’embarras de Colomb s’aggrava tout à coup. Dans cette partie plus occidentale du littoral, l’interprète cessait d’être compris^ on était réduit au langage des signes. Cette imparfaite traduction de la pensée induisit l’Amiral dans une erreur presque inévitable. D’un côté, l’on crut comprendre qu’à l’Occident régnait un Cacique appelé Magon ou Mango, vêtu d’une robe^ d’autre part, un archer de l’expédition, chassant dans les bois, avait aperçu de loin un homme vêtu de blanc comme l’aumônier de la Santa-Clara-^ ensuite il en vit deux autres, et de plus loin il en avait compté une trentaine^. Par prudence,
^ « Quatuor canes in ea, sed non latrabiles, aspectu fœdissimi quos comedunt uti nos hœdos comperere. » — Pétri Martyris Anglerii, Ocea-
neæ decadis, liber tertius, fol. 8, § d.
2 Vues sous un certain angle, des grues blanches pouvaient produire
cette illusion.