IL EST INDUIT A PENSER QUE CURA EST UN CONTINENT
il était revenu précipitamment aux navires. L’Amiral avait envoyé aussitôt deux escouades à la découverte ; mais 1 une de ces patrouilles ne put avancer au delà d’une domilieue, à cause de l’impénétrable épaisseur des l'orôts; et I autre, qui devait parcourir la plage, apercevant sur lu sable de récentes empreintes de grilles monstrueuses se hatade repgner les navires. Ces circonstances, rapprochées des inlluences nouvelles de cette température et du récit des voyageurs sur le pays de Mangu ou Mangon, ainsi que des traditions sur le grand Kan, dont l’Océari baignait les États, persuadèrent l’Amiral qu’il touchait à 1 extrémité des Indes.
Il continua donc sa navigation au nord-ouest, et recommença ses fatigues en trouvant de nouveaux groupes do petites îles; il reconnut à sa gauche la grande île des Pins. Pensant que de là se répandrait l’Évangile dans les petits archipels, Colomb l’appela Évangelista. Il remarqua la brusque direction de la côte vers le midi ; nouvelle circonstance qui vint confirmer ses conjectures par sa conformité avec les écrits des voyageurs. Derechef il apprit des naturels qu’on ne connaissait point les limites de cette côte, bien qu’on l’eût suivie pendant plus de vingt journées. La conformité de ces témoignages et de ces coïncidences changea ses doutes en certitude. Comme il importait, pour déjouer les tentatives du Portugal , de prendre possession le plus tôt possible de la Terre ferme, l’Amiral fit procéder à la constatation authentique de la découverte du continent de Cuba, réputé le commencement des Indes.
A cet effet, le notaire royal de l’expédition dut recueillir les témoignages des hommes de mer, sous formed’enquôte,
et en dresser procès-verbal en présence de quatre témoins.
* C étaient, sans doute, des griiïes de caïmans ou d’alligators.
476 ENQUÊTE DU NOTAIRE ROYAL DE l’eXPÉDITION.
En conséquence, le jeudi 12 juin 1494, le notaire royal, Fernand Ferez de Luna, après être allé à bord de chaque caravelle, assisté des sieurs Diego Tristan et Francisco de Moralès, tous deux domiciliés à Séville, Pedro de Terreros, maître d’hôtel, et Lopez de Zuhiga, écuyer tranchant, Vun et l’autre officiers domestiques « du seigneur Amiral, )) rédigea son acte à bord de hi Santa-Clara\ Ce procès-verbal constate que les Indiens ont déclaré que la côte s’étend à plus de vingt journées sans qu’on sache où elle s’arrête-, que les hommes de mer, pilotes et matelots, ayant consulté leurs cartes , et réfléchi avant que de répondre, tous ont affirmé, sous serment, qu’ils n’avaient jamais ni vu ni ouï dire qu’une île pût offrir trois cent trente-cinq lieues de côtes, du couchant au levant, sans qu’on en vît la fin ; et qu’ils ne doutent pas que ce ne soit la Terre ferme.
On comptait dans les trois caravelles cinquante hommes de mer, parmi lesquels des pilotes renommés et des maîtres en cosmographie. Aucun ne put élever à cet égard le moindre doute. Tous savaient les particularités sur lesquelles l’Amiral fondait ses conjectures. Ils étaient intimement persuadés que Cuba formait le commencement des Indes. D’après ces données, Colomb avait conçu l’audacieux itinéraire qui l’eût ramené en Espagne par 1 Asie et la Méditerranée.
Dieu seul et les anges savaient alors la forme du nouveau continent, l’immensité de la Mer Pacifique, la distance qui séparait Cuba des côtes de la Chine et de 1 Archipel Indien. L’erreur de Colomb, obligée, inévitable et dont il n’aurait pu être exempté que par révélation divine, sert à mettre en relief la fécondité de son génie
» Original en el archïvo de Indias en Sevillaf leg. de PatvonatQ ycaÊ — Pocumentos diplomâlicos, n° lxxyi.
CUlU COMMENCEMENT DES INDES. ^77
et la Imrdiesse de ses inductions. Dans son plan impraticable brille la première idée de circumnavigation. Sans
1 interposition du continent américain, que rien ne pouvait faire pressentir, il serait eHectivement arrivé, en continuant de naviguer à l’ouest, à la Chersonèse d’or la presqu’île de Malaca; serait entré dans les mers fréquentées des Arabes et anciennement connues des marcbands romains; il aurait abordé la Taprobane, l’île de Ceylari; aurait poussé par les mers du Gange et du golfe Persique j^usqu’à la mer Rouge; ensuite traversé le désert d Arabie pour aller visiter les Lieux Saints, constant objet de sa sollicitude et de son héroïque ardeur. Puis
s embarquant à Jalfa, il serait revenu en Espagne ' mesurant toute l’étendue la Méditerranée. Mais le manque de vivres , le délabrement de ses caravelles , l’accablement de ses équipages , l’obligèrent à revenir sur ses pas
Ils se trouvaient sur des bas-fonds et tellement enga^-és qu on dut maintes fois retirer les navires avec des câbles. Colomb ne céda qu’a l’impérieuse nécessité. Ses navires e ranles par les frequentes secousses, ses quilles laboulees par les coraux en touchant les bas-fonds ; ses amarles usees, ses voiles déchirées et à demi pourries scs provisions consommées, son biscuit avarié, contraio-nilent sa resolution. Il fallut rebrousser chemin. °
Au milieu de ces périls, tout en disputant ses caraes aux bancs de madrépores, aux labyrinthes de litbophytes, dans lesquels les avait engagées son ardente per-
2 Cannæ quassatœ, rudentes vph mi; , '
alimentaque, sed præcipue nani , Jam putridœ
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