LÉTHARGIE DE COLOMB
ce moment, la mer étant belle, et la brise excellente, sa vigueur s’évanouit tout d’un coup. La nature reprit ses droits.
Chacun de ses organes entra dans un sommeil simuL tané. Son cerveau comme ses yeux et ses jarrets cédèrent à une fatigue qui dépassait les ressources humaines. L'épuisement étant général, la réparation devait l’être aussi. Il y eut donc suspension absolue des facultés physiques et morales. C'était une léthargie complète. Sans les lentes pulsations du cœur et la flexibilité des membres, on eût cru que cette âme sublime était retournée vers son Créateur.
Dans ces circonstances, les pilotes laissés à leur propre conseil, considérant l’impossibilité de naviguer par le travers des Caraïbes avec des caravelles fracassées, à demi noyées, et presque sans gréement, mirent le cap sur l’Isabelle.
§ IV
Deux mois avant le départ de Colomb pour son second voyage, le Portugal avait adressé à la Castille une protestation contre les Bulles des 3 et 4 mai 1493, qui, disait-il, portaient atteinte aux droits dont sa couronne avait été précédemment investie h
La eour de Castille, craignant de voir s’altérer les bonnes relations existantes avec son allié, voulut examiner attentivement sa réclamation. Lé 30 juillet 1494, Isabelle chargea don Guttierre de Tolède, cousin du roi, professeur à l’université de Salamanque, de lui adresser sans retard, à Ségovie, les maîtres en astronomie et en géo-
^ Ferreras, Histoire générale d’Espagne, Xr partie, t. VIll, p. 160,