IL RÉITÈRE EN VAIN SES OFFRES AU SÉNAT DE GÈNES
vires, pour tenter aventureusement une expédition que nul precedent ne justifiait. Colomb ne retira de ce voyage que la douceur de revoir à Savone son respectable père; de lui présenter son petit-fils, et d’appeler la bénédiction du vieil ouvrier sur la tète de cet enfant, qui devait allier un jour son sang aux deux maisons souveraines d’Espagne et de Portugal.
Immanquablement l’àtre du vieux cardeur tressaillait d’une exultation paternelle, en écoutant les projets de son fds. Car si Dominique Colomb connaissait les refus des deux Républiques et la convoitise du Portugal, il connais sait aussi la force de résolution, l’ardente foi et même pressentait confusément la supériorité scientifique de son fils aîné. Il savait que Christophe avait projeté d’accomplir le tour de la Terre, d’arriver ainsi parmi les nations idolâtres, ignorant la venue du Christ, et de faire briller a leurs regards l’étendard du Salut! Ces épanchements secrets rajeunissaient l’âme du vieillard par des perspectives pleines de noble espérance. De telles grandeurs, entrevues du seuil de la tombe, changeaient en splendide aurore le crépuscule de ses derniers jours. Elles étaient â la fois une indemnité de ses longues tribulations, et une récompense des exemples comme de l’éducation chrétienne qu’il avait donnés à ses fils.
On pense que le retour de Dominique Colomb dans la ville de Gênes data de cette époque. Très-probablement ce fut son fils lui-même qui l’y ramena. Depuis la mort de sa femme, privé des soins redevenus nécessaires â son âge, ne pouvant plus exercer son ancien métier, ni cultiver la petite propriété de Yalcbaude, affermée mais non libérée de son prix, le vieux cardeur regrettait naturellement Gênes où le rattachaient ses souvenirs d’enfance, ses liens de parenté et d’ancienne camaraderie. Il y revint
départ de COLOMB POUR L’ESPAGNE.
volontiers; et s’établit, à ce qu’il paraît, dans le quartier de Saint-Étienne, près de la porte de l’Arco.
Apres avoir, durant un court séjour, comblé de sa tendresse ce vénérable vieillard, et assuré ses besoins pendant son absence, Christophe Colomb jeta les yeux sur les monarchies chrétiennes de l’Europe, pour choisir la couronne qu il associerait à l’honneur d’exécuter son plan.
Par son zele a défendre la foi, son intrépidité à re pousser les Maures, par son caractère chevaleresque , ses ressources maritimes, surtout la grande renommée de ses deux souverains, alors régnant ensemble, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille , l’Espagne lui parut mériter sa préférence. Dès lors il la lui engagea tacitement; et se regarda comme tenu envers elle. Puis, au premier vent d’Est, il s’embarqua pour ce royaume sans s’y être préparé aucune relation, aucun appui ; sans s’être muni d’aucune lettre de crédit ou de recommandation, se confiant à la seule protection de la Providence.
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