‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 25 sur 316 · TENTATIVE PERFIDE CONTRE LE PLAN DE COLOMR · texte numérisé non relu

TENTATIVE PERFIDE CONTRE LE PLAN DE COLOMR

cingler vers rOccident, à la découverte des terres inconnues, conformément aux indications dont on lui avait remis copie.

Le plus grand secret avait favorisé cette spoliation du génie. Mais si Ton avait surpris à Colomb ses données scientifiques, on n’avait pu lui dérober sa fermeté, sa foi, sa supériorité de coup d’œil, le don mystérieux, reçu d’en haut, pour l’accomplissement de son œuvre. Après quelques jours de navigation à l’ouest hardiment continuée, l’équipage commença à s’étonner de l’étendue, et à s’alarmer de la route. Ces hommes tremblaient devant l’immensité. Une tempête s’étant élevée vint ajouter à leurs frayeurs^ le Seigneur n’était pas avec eux -, le navire éperdu rebroussa chemin, et retourna honteusement d’où il était parti pour la perpétration clandestine de cet attentat. Alors, comme il arrive en pareil cas, les lâches devinrent fanfarons et railleurs. Rentrés au port, ils tournèrent en moquerie le projet du Génois. Ce n’était, disaient-ils, qu’une vaniteuse extravagance. Leur seule jactance trahit plus tard le secret de cette tentative quasi sacrilège.

Le trait de cette félonie entra profondément dans le cœur de Colomb. Il ressentit, au plus haut de sa droiture, l’odieux de la déloyauté royale. Mais déjà il était habitué aux souffrances de l’ame. Depuis quelque temps, à travers ses épreuves, il s’était vu ravir par la mort l’associée de ses espérances, la mère de son fils, la noble Felippa, l’unique consolation de son pauvre foyer. Colomb se tut et regarda le ciel.

Cependant le Roi vint à savoir que la caravelle n’avait point navigué pendant le nombre de jours et de lieues marqués dans les instructions larronnées à Colomb. Il fut repris du désir de renouer la négociation. Il aurait main-

fUITE SECRÈTE DE COLOMB.

tenant accordé tout ce qu’il avait refusé si longtemps. Mais, de son côté, malgré sa pénurie, Colomb avait résolu de ne jamais traiter avec une cour capable de telles infamies. Il feignit de ne pas comprendre, d’ignorer les nouvelles dispositions du Roi. Il continua dans l’isolement ses obscures occupations. Puis, quand il sut de bonne source que te Monarque voulait absolument le lier par un traité pour son entreprise, étant bien décidé à ne pas céder, et ayant tout à craindre des conseillers de la couronne, s’il persistait dans son refus, il réalisa sans bruit ce qui pouvait lui appartenir du chef de sa femme, prépara prudemment son départ; et, vers la fin de 1484, s’enfuit en secret de Lisbonne, emmenant avec lui son jeune, fils Diego, dont les traits délicats rappelaient la beauté de sa mère. '

Ce fut par mer que Christophe Colomb s’échappa du Portugal.

Il fit voile pour Gênes.

Malgré le refus de la sérénissime République qu’il avait eu la douleur de subir quelques années auparavant, il puisait dans son patriotisme le courage d’affronter de nouveau les doutes et les dédains de la cité natale. On a positivement établi qu’au printemps de l’année 1485, Christophe Colomb était a Gênes. Ce fait a été mis hors de doute par l’historiographe royal don Rautista Munoz. M. de Humboldt l’admet pleinement, et ajoute seulement qu’il n’y fit qu’une courte apparition ; ce qui est vrai h Son désir d’assurer à son pays d’immenses avantages le portait à insister auprès du Sénat. Mais des difficultés sérieuses détournaient le gouvernement d’un projet qui paraissait au moins étrange. Les ressources de la République ne lui permettaient plus de diminuer sa flotte de quelques na-

‘ Mnnoz, Eistorïa del Nuevo Mundo, lib. II, § 21. — Hiimboldt, Elstolre de la géographie, etc., t. I, p. 19,

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