‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 265 sur 316 · LIGUE DES CACIQUES CONTRE LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

LIGUE DES CACIQUES CONTRE LES ESPAGNOLS

de se voir opprimés de la sorte. Exaspérés de la tyrannie dont ils étaient les malheureux jouets, les habitants de la Yéga résolurent de suppléer par le nombre à l’infériorité des armes.

Les Rois de Xaragua, de l’Higuey et de la Vega se liguèrent avec (( le Seigneur de la maison d’or )> pour exterminer sur tous les points de l’île, à la fois, ces superbes déprédateurs. Guacanagari, suspect à cause de son hospitalité, fut mis en dehors de cette secrète coalition et traité en ennemi. Caonabo, aidé de son beau-frère, l’attaqua brusquement, parvint à lui enlever une de ses femmes et à tuer celle qu’il aimait le plus : la belle dona Catalina qui pour le joindre s’était jetée de la Gracieuse- Marie dans les flots agités. Sur divers points de File des Castillans furent égorgés. Le cacique Guatiguana en fit massacrer dix qui habitaient les bords de la grande rivière. Puis il incendia la grande case servant d’hôpital aux Espagnols, et dans laquelle se trouvaient alors quarante fiévreux ou convalescents.

Le farouche « Seigneur de la maison d’or, )> Caonabo, destructeur du fortin, résolu d’anéantir ces étrangers, fit alliance avec les-Ciguayens, cette tribu belliqueuse du nord-ouest qui, exposée aux incursions des Caraïbes, avait contracté Fhabitude des armes-, et tout d’un coup, avec ses guerriers, se présenta devant le fort de Saint-Thomas, commandé par Ojéda, n’ayant sous ses ordres que cinquante hommes plus ou moins éprouvés par le climat.

Ojéda, dont la bravoure était proverbiale dans la colonie, savait la guerre. Il maintenait strictement la discipline, faisait des rondes de nuit, surveillait ses sentinelles, et, défendu par la profonde ceinture de l’Yaque, restait dans la forteresse observée par l’ennemi, sans redouter l’escalade. Caonabo reconnut l’impossibilité de surprendre

OJÉÜA DÉFKND LE FORT SAINT-THOMAS. 515

sa vigilance et de tenter un assaut; il essaya d’affamer la garnison; occupa les forets environnantes; s’empara de toutes les issues, de tous les sentiers qui menaient à la forteresse, embusquant de nombreuses cohortes dans les passages qu il supposait devoir etre suivis pour ravitailler la place. Ojéda diminua les rations, et attendit avec une patience stoïque les effets de l’ennui sur cette troupe que ce campement en plein air, par la fraîcheur des nuits, devait incommoder. Pour ne pas lui laisser les douceurs d’un trop' long repos, il faisait, à l’improviste, des sorties dans lesquelles la furie de son attaque causait de grands rcyages. Les plus intrépides des insulaires étaient précisément ceux qui tombaient sous la charge des cavaliers Espagnols, car seuls ils essayaient de faire contenance devant les chevaux d’Ojéda.

Le (( Seigneur de la maison d’or » tint bon durant trente jours.

Enfin voyant le dégoût et la maladie éclaircir ses rangs, Caonabo opéra sans bruit sa retraite. Ayant échoué sur les bords de l\aque, il projetait sa revanche sur l’Isabelle. Se glissant comme un reptile sous les touffes des herbes, cache dans la profondeur des bois, il arriva secrètement aux alentours de la ville, faisant pendant la nuit le tour de son enceinte, et cherchant la partie vulnérable de la place. Afin d’y faire plus à l’aise ses observations, il poussa même 1 audace jusqu’à y entrer en plein jour, sous le prétexte qu’il était l’ami des Espagnols. Il put reconnaître qu’elle était dégarnie de troupes, qu’on y voyait plus de malades que de gens en bonne santé; que les soldats disséminés au loin ne pourraient la secourir.

Telles étaient les conséquences de l’inconduite de Pedro Margarit et des diffamations du Père Boil, telles étaient les critiques conjonctures au milieu desquelles Colomb

GUACANAGAIU S’aLLIE A COLOMIG

revenait dans l’île, alors qu’exténué, il aurait eu besoin d’un complet repos d’esprit et de corps.

Cependant des bruits inquiétants lui arrivaient de différents côtés. Sur ces entrefaites le roi Guacanagari vint à l’Isabelle^ il voulait à toute force voir l’Amiral. Il parut à son clievet, se montra profondément affecté de le trouver malade. Il revint sur les tragiques événements du fortin*, protesta de nouveau avec larmes qu’il n’avait pu empêcher ce malheur ^ lui rappela qu’il était son ami, c’est })Ourquoi les autres Caciques le traitaient en adversaire. Il lui apprit le complot formé pour l’extermination des Espagnols^ lui demanda son assistance contre ses voisins devenus ses ennemis^ et sentant renaître, en le voyant, sa première affection, lui offrit de le seconder par tousses moyens.

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