‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 283 sur 316 · INFORMATION CONTRE COLOMB · texte numérisé non relu

INFORMATION CONTRE COLOMB

se doutait pas ses ennemis; d’ailleurs il no pouvait comme chrétien méconnaître le principe de rautorité.

Lors donc c|u’Aguado s’avança pour montrer sa lettre de creance déjà publiée, l’Amiral l’accueillit en grand apparat, le reçut en grande cérémonie, au son des instruments; prit cette Lettre, en fit répéter la lecture, et après l’avoir écoutée, assura gracieusement le Commissaire Royal qu’il était tout prêt à faire ce qui lui serait prescrit de la part de ses souverains. Au premier instant un tel calme étonna et confondit Aguado. Pourtant comme cette déférence l’éloignait de son but, il se mit à parler d’un ton arrogant, afin de provoquer au moins par l’inconvenance de ses manières la colère de l’Amiral. Mais à

sa stupéfaction, celui-ci « souffrit son insolence avec grande modestie ^ »

Aguado, confus en lui-même, s’avouant l’inutilité des provocations, n eut d autre parti que d’informer contre son ancien protecteur. Il ramassa les témoignages de la lie des colons, des paresseux, des lâches, des soldats mécontents des corvées, refuscant de trcavailler aux édifices publics. Sachant qu’il était arrivé, disaient-ils, « un jeune Amiral qui devait tuer le vieux, » les Indiens eux-memes vinrent porter des plaintes contre Colomb, leur unique défenseur, qu ils rendaient responsable des excès commis par tous les Espagnols. Quelques Caciques s’assemblèrent dans la demeure de Manicatex et résolurent d’exposer leurs griefs à l’envoyé des Rois, le réparateur des maux. En décembre , l’instruction qu’avait commencée Aguado formait un énorme dossier, qui lui parut plus que suffisant pour perdre sans retour les Colomb.

Il songeait à repartir et avait donné des ordres à cet

‘ Herrera, Histoire des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade liv. II, diap. xviii.

542 l’ouragan.

eflet -, l’on hâtait fort activement les préparatifs du départ, quand au commencement de janvier, une de ces tempêtes inconnues de l’Europe et qui n’avaient pas de nom dans nos langues, mais que les insulaires appelaient Hurracan*, éclata sur l’île. C’était une de ces convulsions effrayantes de la nature dont le caractère destructeur rappelle les éruptions précédées de tremblements de terre. De mémoire d’homme ^ on n’avait ouï raconter pareille pertur-^ bation. Un combat de Typhons eut lieu dans l’atmosphère. La plus violente des trombes traversa la côte nord-ouest d’Hispaniola, arrachant, déracinant comme des herbes les arbres géants*, elle enleva les navires amarres dans le port, les plongea dans les flots à plusieurs reprises, et les enfouit disloqués au fond des eaux. Dès que cessa ce terrible phénomène des airs, une enflure subite souleva la mer. Ses flots se dressaient mugissants vers le ciel obscurci. Tout à coup, par un raz de marée, ils franchirent l’éternelle barrière imposée à leur courroux, et s’avancèrent dans l’intérieur des terres, inondant les pays plats de la côte. Les Espagnols croyaient que c’était la fin du monde *, les Indiens voyaient dans ce chaos le châtiment

des crimes de leurs tyrans.

Après que le fléau fut passe, on courut au port. Helas. des quatre caravelles d’Aguado, des trois autres qui s y trouvaient à l’ancre, une seule s’y voyait encore... la plus petite, la plus usée, la plus fragile de toutes : la Nina! cette caravelle qui avait secouru l’Amiral dans son naufrage de la Navidad, qui l’avait ramené à Palos, qui l’avait

1 C’est de là qu'est Yenu le mot d'Ouragan.

» « Neque enim viventis uUius ætatc aut memoriâ majorum extabat similem unquam turbinera qui et grandiores arbores eveileret ad eam insulara ruisse. « — Pétri Martyris Anglerii Oceaneæ decadts prmæ, liber quartiis, fol. 12.

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