RETOUR DE DON DIEGO COLOMB
daté du môme jour, montre que Fonseca cherchait, malgré le contrat de nolisation, à envoyer aux Indes des caravelles fournies par d’autres armateurs au détriment de Juanoto Berardi.
§ II
Grâces aux. tracasseries de Fonseca, les caravelles ne purent mettre à la voile qu’à la fin du mois d’août. Juan Aguado, intendant de la chapelle Royale, en avait le commandement.
Il emmenait avec lui : don Diego Colomb qui retournait auprès de son frère, quelques religieux venant remplacer les déserteurs de l’apostolat qui avaient accompagné le Père Boïl, et d’autres que leur manque de vocation faisait soupirer après l’Espagne. Il emmenaitaussi l’ingénieur des mines, Pablo Belvis, métallurgiste fort connu, suivi de plusieurs maîtres mineurs et ouvriers fondeurs, pourvus de tous les engins de leur art, ainsi que d’une certaine quantité de mercure, « pour retirer lor disséminé dans le sable au moyen de l’am.algamation ‘ . » On avait songé à faciliter l’exploitation des veines et des sables aurifères. Plusieurs ordres de la Cour, en témoignant delà sollicitude des Rois pour la santé de leurs sujets habitant Hispaniola, montrent implicitement que les accusations portées contre l’Amiral avaient produit une impression durable. Plus d’un mois après la justification apportée par don Diego Colomb, on écrivait à l’Amiral d’accorder des permis de retour à ceux qui avaient besoin de revenir en Espagne pour leurs affaires; et on lui prescrivait de distribuer les rations aux Espagnols tous les cinq jours, sans jamais les supprimer
' Humboklt, Examen critique de l’histoire de la géographie du Nouveau continent, t. 111, § 2”. p. 333.
AGUADO CHEF DE l’eXPÉDITION DE SECOURS. 539
Jisciplinairement, pour quelque cause que ce fûl, hors les cas de délit entraînant peine de mort
Aguado avait reçu par le texte de sa lettre de créance, conçue en termes vagues et brefs, un pouvoir discrétionnaire; mais que limitait assurément l’instruction verbale jui en accompagna la remise. La Reine l’avait nommé croyant, par le choix de sa personne, adoucir ce qu’avait le desagréable son office aux yeux de l’Amiral. Aguado, iont Colomb avait vanté l’intelligente activité, était en 3ffet d un esprit subtil, fort au courant de ses intérêts. Durant ses rapports nécessaires avec l’Ordonnateur général de la marine, il reconnut l’influence de Fonseca sur e Monarque, les dispositions de celui-ci envers l’Amiral, 'omprit de quel côté il devait s’appuyer pour son avancenent : il parut dès lors avoir reçu des instructions oppolees a celles qu’il tenait de la Reine ; et l’on peut affirmer ju’en débarquant, avant de s’enquérir d’aucun fait, il nettait en application un système trop opposé à ses antéîédent§., à ses bons rapports avec l’Amiral , trop odieux )our qflèil pût le tenir d’un autre que Fonseca.
Dirigée par des pilotes qu’avait formés Colomb, la flotille arriva heureusement dans le courant d’octobre au )ort de l’Isabelle. En ce moment l’Amiral combattait lans les Etats de Caonabo, les frères du Cacique, qui ’étaient révoltés. Aguado, comme s’il eût été le Vice-Roi [es Indes, s’attribua toutes les juridictions de la colonie, omma les chefs de service de venir lui rendre compte,
^ Lettre écrite d’Arevalo le 1®*“ juin 1495. — « É otrosi que no
onsintias que â ninguno se quiten ni dejin de dar los dichos manteniaientos, habiéndolos, por delito alguno que cometan, ni por otra causa, alvo si los taies delitos fueren taies porque merezccn pena de muerte, ue es igual el quitar de los mantenimientos. » — Regïstrada en el rchivo de Indias en Sevilla. Documentos diplomaticos, n*’ xcvii.
INGRATITUDE d’agUADO.
en semonça qiielqiies-nns vertement, osa en faire emprisonner quelques autres*, sans plus tenir compte de don l^arlliélemy Colomb, nommé par l’Amiral gouverneur de la place, que s’il n’existait pas. Il s’annonçait comme devant connaître de la conduite de l’Amiral et en faire prompte justice.
Don Barthélemy ayant demandé à voir sa lettre de créance, Aguado repoussa avec hauteur cette prétention, disant qu’il ne la montrerait qu’à l’Amiral lui -même. Pourtant le lendemain il la fit proclamer au bruit des trompettes. Après avoir bien éclaboussé de sa vanité les serviteurs de l’Amiral, fulminé contre lui des menaces cherché à le blesser à la fois dans tous ses sentiments, il dit que l’aîné des Colomb prolongeait son absence par frayeur, n’osant comparaître devant son juge 5 mais qu’il saurait bien le faire venir 5 et il prenait un piquet de cavalerie pour marcher à sa rencontre, quand sur ces entrefaites Colomb, instruit de l’arrivée du Commissaire royal, lui fit dire qu’il retournait à l’Isabelle.
C’était le moment critique. Aguado triomphait-, car il savait la vivacité de l’Amiral, et d’avance était assuré que tant d’insolences comblant la mesure de la patience humaine, il lui serait impossible de ne pas s’emporter-, en ce cas, il n’y aurait plus qu’à faire verbaliser, pour établir qu’il avait manqué en sa personne au respect de l’autorité royale. Mais plus l’injure était forte, plus elle brisait les bornes des convenances, plus le serviteur de Dieu éprouvait un secret plaisir à faire le sacrifice de sa volonté. Il se résignait sous l’injustice avec une satisfaction dont ne
* Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade F®, liv.ll, chap. xviii.
^ « Sc probaso â palabras descomedidas hasta amenazarle con el caslioO de la corte. » — Mufioz, Historia del Nuevo Mundo, lib. V, § 85.