CULTE DES INDIGÈNES
il adjoignit le pieux frère Roman Pane, qui possédait le don des langues. Puis, il envoya ce dernier dans les terres du Cacique Guarionex, et le chargea de rédiger un mémoire sur les croyances primitives des indigènes, leur genèse, leur cosmogonie h Malgré son zèle pour la gloire du Sauveur et le salut des âmes, le frère Roman Pane, qui s’appelait humblement le pauvre ermite^ eut peur un instant, à l’idée de se trouver seul, abandonné parmi des peuplades irritées et fantasques. R exposa sa frayeur à l’Amiral, le pria de lui permettre de prendre avec lui quelques chrétiens pour le soutenir et le consoler dans son isolement. Colomb l’autorisa de la meilleure grâce du monde à emmener avec lui qui bon lui semblerait et eut soin en même temps d’établir un poste d’infanterie à portée de la résidence des missionnaires, pour prévenir tout attentat des idolâtres contre leurs personnes.
Rien que la légèreté de leur caractère et la confusion de leurs croyances préservassent les indigènes d’un farouche fanatisme , leurs prêtres nommés Bohutis , qui jouaient à la fois le rôle de médecins et de sorciers, avaient intérêt à ce qu’un culte nouveau ne vînt pas anéantir leur métier assez lucratif, et ils auraient pu armer. les mains de leurs crédules clients. Dans le fond, la religion des insulaires consistait principalement en une foi grossière au pouvoir de certaines idoles, qu’ils nommaient Zémès. Ces Zémès, tantôt de bois, tantôt de pierre, fort variés dans leurs formes et leurs attributions,
^ Le Frère Roman Pane déclare lui-même qu’il écrit par son ordre. — « De orden del ilustre senor el Almirante Yirrei y governador de las islas y tierra firme. » — Escrituva de Fray Roman, dans la Colleclion
de Barcia, t. I.
2 « Loqual me concedio y me dijo que llevasse con migo à quien mas quisiese. » — Escritura de Fray Roman del orden de san Geronimo,