‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 33 sur 316 · ISABELLE SE MET A LA TÊTE DES CASTILLANS · texte numérisé non relu

ISABELLE SE MET A LA TÊTE DES CASTILLANS

de 1 armurier Antqnius. Cette épée souple et forte n’avait qu une garde d’acier bruni, ornée dans le goût moresque:

un cote s y lisait cette devise ; Je désire toujours l’honneur;^ l’autre : Maintenant je veille; paix avec moi Isabelle se mit à la tête des milices de Ségovie et d’Avila ■ mais les armes étaient moins rares que l’argent, et les soldats que les provisions. Après avoir envové à son époux les dix mille marcs d’argent que lui avait fait passer son amie d’enfance, Beatrix Bobadilla, il ne restait plus un ducat pour la dépense de l’armée. Le vieux roi d’Aragon, dans cette extrémité, suggérait à son fils un expédient que la loyauté d’Isabelle ne pouvait accueillir.

La Reine qui depuis sa prison d’Arevallo n’avait cessé de trouver consolation et appui dans l’Épiscopat, fit no- 1 ement appel à son patriotisme; convoqua subitement les cortès à Médina del Campo, et leur demanda un emprunt sur l’argenterie des églises. Le clergé, plein d’attacbemenf pour la pieuse souveraine, souscrivit empressé à ses désirs. Alors des soldats se lèvent de toutes parts. Ils semblent sortir du sol. En quelques semaines, Isabelle organise l’armée de 1 ouest, dont elle prend le commandement en personne. Elle dirige la guerre des frontières, et lance sur le Portu' gai des bandes si nombreuses, que le roi A lphonse est forcé à diviser ses troupes, pour secourir ses États attaqués derrière lui. Tandis que Ferdinand cherche à lui foire face en avant, Isabelle coupe ses communications, et, avec ses légers escadrons, dévaste son propre territoire. Enfin, après plusieurs engagements partiels, une bataille décisive gagnée par Ferdinand contraignit Alphonse à une suspension d’armes.

* Deseo siempre onora. — Nunc caveo; paz con migo. On lit dans

révidé de la lame : Antonius me fecAt. — La armerial Real de Madrid t. I, n« J6. ’

1,’F.SP. conclut la paix AVFC la FRANCE ET LE PORT. 137

Les Français qui , allies «les Portugais, avaient mis le siège devant Fontarabie, et étaient venus par deux l'oisat taquer la Biscaye, fatigués de l’opiniâtre défense qu’iuspi rait Isabelle, repassèrent les monts. Alors, grâce au cardinal Mendoza, se conclut entre la b rance et 1 Fspiignc une trêve, préliminaire de la paix délinitive avec le Portugal.

Mais cette paix, qui allait donner le repos à ses peuples, n’était encore pour Isabelle ipie l’occasion d’une plus grande activité. N’ayant pas à craindre l’ennemi du dehors , elle entreprenait de combattre les ennemis du dedans : les préjugés invétérés et les vices légitimés par l’incnric de l’iidniinistration anterieure.

Il fallait d’abord pourvoir à la sécurité des routes, à la protection des personnes et des propriétés, à l’exécution des lois-, s’assurer de l’intégrité et de la capacité des juges*, rétablir le crédit des valeurs publupies, le titie des monnaies^ empôcber leur alteration, altUjuelle, sous le règne précédent, cent cinc[uante ateliers osaient publi([ue ment travailler ! et, par suite, jeter dans le commerce une telle confusion, que toute transaction importante était suspendue, et qu’on en était réduit, pour les besoins journaliers, a l’ échangé des objets en nature ! Isabelle réduisit à cinq les ateliers des monnaies, et les plaça sous une rigide surveillance.

Pour empêcher le ravage des fermes, le pillage des marchands, les rançons des voyageurs et les nieiii ties , en un mot, établir la police hors des villes, il était besoin d’une force mobile et respectable. Mais, dans répuisement du trésor, comment la solder? Aidée de son intendant général des finances, Âlonzo de Quintanilla, homme de noble intelligence, vertueusement dévoué, Isabelle organisa des brigades de gendarmerie, cnadrillas, qui étaient équipées

et entretenues aux frais de la bourgeoisie ^ et un corps de

administration d’isabelde.

lieux mille cavaliers se trouva prêt à poursuivre les crimes sur les routes, et à faire exécuter les arrêts de la justice

sans grever l’Etat d’un maravédis. Aussitôt après, la Reine

arriva a SéAulle, pour donner aux juges l’exemple de

impartialité, de l’assiduité et même d’une inflexibilité salutaire.

Isabelle tenait de Dieu le don de Justice, qu’elle en avait SI ardemment sollicité. L’Éternel y avait magnifiquement ajoute la science infuse des principes du Droit, le goût abstrait de la jurisprudence, l’instinct de la législation et de l’organisation judiciaire, cette pénétrante lucidité et cette subtile droiture qui distinguent les vrais principes, au milieu des complications les plus perplexes des conflils et des compétences. On vit, chose jusque-là inouïe, une femme codifier les lois, réorganiser la justice, créer des juridiclions et des jurisconsultes, choisir soigneusement l( s magistrats, juger les juges, corriger leurs sentences, réformer leurs arrêts; et à la grande satisfaction du peuple, se faire seule tribunal d’Àppel et cour de Cassation,

jusqu’à ce que la Justice, à tous les degrés, fût établie sur sa véritable base dans ses États.

En souvenir de la passion et de la mort du Sauveur, chaque Vendredi, la pieuse Reine rapprochait de son trône les misères et les souffrances morales de ses sujets; leur donnait publiquement audience; et recevait les plaintes que les plus chétifs portaient à son tribunal. Mais si elle accueillait miséricordieusement les pauvres et les opprimés, elle jetait, inflexible, la terreur dans l’ânie des coupables.

Isabelle destinait, comme l’un de ses premiers bienfaits, aux populations, des magistrats intègres et instruits, pour remplacer les juges étrangers à toute notion de jurisprudence qui déshonoraient leurs fonctions. Elle chargea une

OUGANISATION DE LA JUSTICE. l.'iii

Commission de coordonner les statuts et édits de Castille-, car la confusion s’était introduite aussi dans la léf^dslation du royaume : on y comptait jusqu’à neufcodes diviirp^ents, ayant une autorité presrpie écjale. Le savant juriste Dias de Montalvo, docteur en droit et en tliéolo^ne, fut choisi pour établir l’ordre et l’unité dans ce chaos. L’on imprima, sous le titre de Orclenanzas reales^ son travail fjui avait duré plus de cpiatre ans. Isabelle fonda des chaires de droit 5 et afin d’encourager cette étude, réserva toutes les magistratures a des hommes éprouvés par d(*s gradi's conférés publiquement. Souvent elle-im^me assista aux examens et à la collation des grades. I.es ûrrades dans droit conduisaient seuls aux charges publiques. Les jurisconsultes étaient en faveur; et tout Docteur en droit tenait le rang de chevalier. Dans ses voyages, parfois la Deine faisait transporter à son palais tous les dossie^^ d’un grelfe pour réviser les procès, et voir de ses propres yeux, ocu- Jarmentp. L comment justice avait été rendue.

Mais les grands feudataires de la couronne, qui s’attribuaient sur leurs domaines droit de haute et basse justice, considéraient comme une atteinte à leurs privilèges cette réforme de la prétendue justice qui se rendait en leur nom dans leur cbàtellenie. Parmi ces seigneurs, plusieurs éblouissaient par leur luxe, imposaient par leur force ; ils avaient à leur solde des armées et même des flottes. Leurs querelles particulières déchiraient l’État. Ils pnMaient leur concours aux rois, mais faisaient indirectement payer leur fidélité dans les circonstances difficiles.

Afin de réduire, sans tirer le glaive, ces principautés et ces prétentions , Isabelle, s’appuyant sur l’instinct de la Justice qui vit dans le peuple, convoqua les cortès à To-

* Garibay, Compendio Mslonal de las chronïcas, etc., t. I, lib. XVIII, cap. XXXI.

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