ISABELLE RÉPRIME LES ABUS FÉODAUX
lède. Et là, furent interdites ces fortifications par lesquelles se rendaient impunis tant de malfaiteurs blasonnés. Là, furent également prohibées les formules royales, qu’osaient prendre dans leurs lettres certains seigneurs. Pour mettre un frein aux assassinats, décorés du nom de combats singuliers, défense fut faite du duel, que l’on qualifia de haute trahison.
Déjà avait été décrété l’appel à la justice royale de tout jugement rendu dans les États de Castille. Comme certains * juges tiraient un lucre abusif des frais de justice, la Reine en dressa officiellement la taxe ou le tarif legal. Isabelle voulait étendre à tous ses États ce nouveau régime administratif, et y soumettre même la Galice, qui, par une exception séculaire, s’était toujours soustraite de fait a l’autorité royale.
Pendant l’absence de don Ferdinand, la Reine, étant a Valladolid, envoya le licencié Garci Lopez de Cbincbilla, bomme ferme et versé dans le droit, assiste du comte Ferdinand de Acuna, pour procéder en Galice à l’information et au cbâtiment des crimes, qui s’y commettaient avec une tranquillité révoltante. Ces commissaires, ayant saisi quelques opulents malfaiteurs, en firent exemplairement justice. On citait surtout l’exécution de deux déprédateurs renommés : le chevalier Pedro de Miranda et le maréchal Pero Pardo. Confiants dans l’énormité de leur trésor, ces nobles brigands se croyaient au-dessus des poursuites au criminel ; ils ne pouvaient se persuader qu’on osât mettre la main sur eux. Après l’arrestation, ils offrirent quantité d’or pour éviter au moins le dernier supplice ; mais les commissaires delà Reine n’admirent aucune composition. Le poids du métal ne racheta point les forfaits. Le sang du pauvre et les larmes du faible furent expies publiquement, La terreur du crime devint alors telle, qu’en trois
ISABELLE VEILLE AUX INTÉRi'tS DE LA RELIGION. 14 1
mois plus de quinze cents voleurs et homicides, prévenant les poursuites, abandonnèrent le pays.
§ IV
De si graves abus ne s’étaient pas invétérés sans préjudicier aussi aux intérêts de la religion. Le relaclienient des mœurs accompagnait l’ignorance du clergé et avait pénétré dans les cloîtres.
Isabelle sut veiller à l’orthodoxie de la foi, ainsi qu’à la dignité de l’Eglise. Elle fit acte d’autorité envers certains
monastères, opiniâtres contre les réformes d’abus auxquels ils s’étaient mollement habitués. On porte à plus d’un millier le nombre des moines qui jetèrent le froc aux orties, ne pouvant se conformer au strict rétablissement de la règle. L’épiscopat, précédemment offert comme un prix aux servilités de cour, et tendu en appât aux ambitions politiques, ne fut désormais que la recompense de la science et de la pureté des doctrines. Non contente d’avoir fondé la Justice et purge le sanctuaire, Isabelle voulut préserver ses États des poétiques séductions de la civilisation arabe,
qui faisait lentement invasion dans les mœurs de ses peuples.
Pendant les désordres des règnes précédents, les sciences et les lettres avaient périclité. Nombre de jeunes Espagnols s’étaient mis à suivre, comme écoliers, les plus célèbres universités des Maures. Ils étudiaient d’abord l’arabe, afin de pouvoir comprendre les savants écrits publiés ou traduits en cette langue. De là étaient nés des rapports de^ camaraderie et de confraternité avec les Maures, d’où suivait une tolérance dangereuse pour l’orthodoxie de la foi. Les Arabes invitaient à leurs tournois des chevaliers chrétiens ; et ceux-ci répondaient gentille-