COLOMB EST RAPPELÉ PAR LA REINE
Pour ecouter cette proposition dans un pareil moment, et revenir ainsi, toute seule, à un plan condamné par la Junte savante, il fallait que la Reine fût inclinée Lien puissamment à cette entreprise. Au milieu de ses embarras financiers et de son incertitude sur le terme de la campagne, s’occuper encore de ce projet était une marque
significative de 1 adhesion qu y donnait instinctivement son cœur.
Nul mieux que le Gardien de la Rabida n’était en état d exposer à l’intelligente Isabelle la sublimité de Colomb. Ce n était pas seulement de son projet qu’il pouvait discourir; seul il pouvait révéler la prédestination et les intentions si saintes de l’homme que la Providence lui
envoyait, en récompense de sa vie, pour en éterniser la gloire.
Aussi le Franciscain ohtint-il plein succès.
La Reine, sans plus se souvenir de la Junte de Salamanque, ne se rappelant que les éloges donnés à Colomb par les deux Geraldini, le grand Cardinal d’Espagne, le professeur Diégo de Deza, Alonzo de Quintanilla et Luiz de Santangel, et se confiant surtout à ses premières impressions, chargea le Père gardien de mander Colomb sans retard. Comme dans ses ingénieuses prévoyances Isabelle devinait ses embarras d’argent, au milieu de sollicitations si longtemps infructueuses, voulant qu’il pût se vêtir plus à son gré, acheter une monture et paraître dignement à la Cour, elle lui fit passer vingt mille maravedis en florins d or par le courtier maritime de Palos, 1 alcade Diego Prieto, qui les remit avec la lettre
de Juan Ferez au médecin Garcia Hernandez, pour les faire tenir à Colomb.