‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 8 sur 316 · SES PREMIERS SERVICES DE MER · texte numérisé non relu

SES PREMIERS SERVICES DE MER

exposée aux pirates de toute nation, aux attarpies les plus inattendues, elle se tenait armée et ])r(^te à la riposte. ]\lalgré son petit bagage seientilupie emjiorlé de riJniversité de Pavie, le jeune écolier dul, suivant les usages de eet(e époque, commencer son apprentissage de mer en (jualité de mousse. Perdu dans les rangs subalternes, la longueur de la pratique, Tobservation, rexpérienee lui enseignèrent seules la théorie de la mer. I^'ormé à cette dure école, la

connaissance des armes lui devint aussi i'amilière (pie celle des vents et des manœuvres. Sans doute il puisa dans cette habitude du danger de la part des Ilots et des bommes, dans la fréquence des complications les ])lus imprévues et les plus terribles, ce sang-froid uni à la promptitude de résolution, cette sûreté de coup d’œil et cette ferme précision du commandement qui sur mer font le salut des navires.

Nous savons qu’il avait parcouru toute l’étendue de la Méditerranée, navigué dans le Levant, à cette époque sillonné par les pirates de l’Archipel, les corsaires mahométans et les forbans des États barbaresques. Pendant un de ces combats obscui’s et vaillants que n’a pas retracé riiistoire, il reçut une blessure pi'ofonde dont la cicatrice longtemps oubliée, se rouvrit vers les dernières années de sa vie, qu’elle mit en péril L Exposé aux aventui*es les plus périlleuses, il passa sur les Ilots plusieui's années, durant lesquelles aucun renseignement ne vint éclairer les vicissitudes de cette rude existence. La pi'emière fois qu’un document bistoidque permet de saisir sa trace, il navigue sous le pavillon français. Mais déjà il est bomme de mer, et l’un des officiers du fameux Colondjo, son grand oncle, qui commandait une Hotte pour le compte

1 « Alli se me refresco del mal la llaga. » — Clirisloplic Colomb, lettre du 1 juillet 15(33, aux liais CalJioUques, ,

(lu roi René contre le royaume de Naples, en 14o9. C’est ce Colomb, que Sabellicus appelle «illustre Arcbipirate -, » en d’autres circonstances , il est à bord d’un autre capitaine, Colombo dit le jeune ^ neveu du célèbre « Archipirate, » vrai Duguay-Trouin de la Ligurie. On distinguait le neveu, de Fonde, par le surnom de Afozo. — Colombo il Mozo.

Vers cette époque, l’élève intelligent de ces deux nobles loups de mer, Christophe, à son tour, était devenu maître. Le roi René lui donnait un commandement personnel pour une expédition, qui exigeait une audace et une habileté peu communes. Il s’agissait d’aller à Tunis, enlever la Fernandine^ galère de premier rang. Quand il fut dans les eaux de San-Pietro en Sardaigne, on apprit que la Fernandine était convoyée de deux vaisseaux et d’une caraque-, cette disproportion de forces troubla tel- ' lement l’équipage, qu’il se mit en état de révolte, refusa d’aller plus avant et voulut rentrer à Marseille. Quelque éloquence qu’employât Christophe Colomb, il ne put vaincre cette épouvante-, et comme il n’avait aucun moyen matériel de se faire obéir, il usa de stratagème. Le soir venu, il tourna l’aiguille, fit déployer les voiles-, l’équipage, rassuré, crut qu’il courait sur Marseille ^ le lendemain, au point du jour, le vaisseau était à la hauteur de Carthagène, sans qu’aucun des mécontents se doutât de la route qu’ils suivaient h Ce trait de sa jeunesse, raconté incidemment par lui, alors qu’il était grand amiral de rOcéan, peint bien son caractère. On y reconnaît son intrépidité, sa résolution, son adresse-, combien peu il se laisse arrêter par les obstacles qui viennent des hommes -, s’il ne peut les surmonter, il les tourne^ l’obéissance qu’il

* Fernando Colomb, Histoire de V Amiral , chap. iv.

CHRISTOPHE COLOMD AU SERVICE HtJ ROI RENE. 79

ne peut oLtenir ouvertement, il la surprend et 1 assujettit par rhabiletc.

On ne doute point qu’après avoir obtenu un commandement, Christophe Colomb, pendant les quatre années que le roi René employa à tenter la coiKpiiUe de Naples, n’ait continué à le servir. (]e fut particulièrement sur mer que le prétendant remporta le plus d’avantages, et qu’il soutint le plus longtemps la lutte. Nous ne pouvons nous défendre ici d’un souvenir rétrospectif, sur cette guerre qui transplanta notre famille des Etats de Naples dans ceux de Provence, et lui valut ainsi d’ètre française. Le comte Cesare Roselli ayant pris parti un peu tardivement pour le duc d’Anjou, l’excellent roi René, et servi sur terre la cause que défendait par mer Christophe Colomb, fut contraint de s’expatrier après l’échec qu’éprouva le roi de Provence. Il se réfugia à bord de la Hotte qui tenait encore la baie de Naples. Nous aimons à penser que ce fut, peut-être, sur le vaisseau (jue commandait Christophe Colomb -, et qu’il fut ainsi donné au dernier de nos aïeux du sol italien , de connaître le Révélateur de ce globe, dont nous allons écrire la première histoire française L

^ Un fait particulier se lie au souvenir de cette émigration. Le comte Cesare Roselli mourut peu après son débarquement à Marseille. Le roi René témoigna à son jeune fils Antonio beaucoup de regrets; mais épuisé par ses précédentes libéralités, il ne l’investit pas d’un domaine, en in-

demnité de ses biens perdus, comme il l’avait fait pour Fabricio de Gaëte et Policastro d’Agnati, il se borna à de gracieuses assurances, des bontés de détail ; changea la devise de ses armes, et lui donna le titre de Notaire de la Couronne. Un mariage fixa bientôt Antonio Roselli, à Scillans, petite ville de la haute Provence ; il y acquit des terres, et y conserva le titre de son royal notariat, qui s’est transmis dans sa descei>dance, de père en fils, par droit d’aînesse, à travers la fin du quinzième siècle, le cours des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, jus-

11 paraît certain qu’ensuite Christophe Colomh continua de naviguer tantôt seul , tantôt avec Fun ou l’autre des Colombo^ ses parents. La dernière journée de sa vie militaire fut marquée par une circonstance dramatique, dont les suites nous inclinent à croire que cet événement .ne s’accomiplit que par la volonté spéciale de la Providence, en faveur de celui qui allait être désormais son serviteur pacifique et fidèle.

Si Colombo, le vieil Amiral génois, était grandement renommé, Colombo il Mozo n’était pas moins célèbre dans la Méditerranée, puisqu’il avait commandé une escadre contre les Musulmans. Cette particularité porta sans doute Christophe à s’attacher à lui 5 car, au milieu des traverses et de la dure école de sa jeunesse, il avait conservé vivace la foi dont les exemples paternels développèrent le germe dans son cœur. D’ailleurs, cette ardeur des Génois contre les Mahométans était inscrite sur les murs de la cité. Non loin de la porte Saint-André et de la rue de Mulcento, qu’habitait le cardeur Dominique Colomb, on voit encore aujourd’hui « la rue des tueurs de Maures, )> via de maiamoros .

Courant donc la fortune de son parent Colombo le neveu, après avoir quitté les mers du Levant, il se trouvait embarqué comme officier sur un vaisseau en croisière « près des côtes du Portugal, pour y attendre des navires vénitiens portant une riche cargaison L Leur ayant donné la chasse, il les attaqua au point du jour entre Lisbonne

qu’en novembre 1805, où il s’cteignit dans la personne du dernier titulaire, qui laissait un enfant mineur. Son cousin, le marquis dePastoret, plus tard Chancelier de France, obtint de Napoléon l«f, pour ne pas rompre une hérédité si rare, que sa veuve restât dépositaire des archives, jusqu’à la majorité de son fds. Mais celui-ci avait une autre destination.

1 Voir la note A, aux notes et pièces justificatives.

CHRISTOPHE COLOMP NAUFRAGÉ. 81

elle cap Saint-Vincent. Les Vénitiens se (léfendaient intrépidement^ le comhat dura jus(|irau soir, la inreur était égale des deux côtés. Vers l’entrée de la nuit, le leu prit au navire vénitien, (pie le vaisseau monté par Christophe Colomb tenait accroché de ses grappins, etau(piel il s’était amarré avec des cables de fer si étroitement ([u’il devint impossible de les séparer. L’incendie gagna promptement d’un bord à l’autre. Toutes les pompes de bois furent vainement mises en jeu. Bientôt les deux navires s’embrasent, n’offrent plus (|u’une horrible fournaise. Alors, amis et ennemis n’ont d’autre ressource (jue la mer. Génois et V^énitiens s’y élancent-, mais le péril n’avait fait (jue changer de forme. Les vagues se déroulaient dans un espace de deux lieues avant (|ue d’expirer sur la côte la plus voisine.

Après un jour entier de combat, les forces les plus intrépides étaient épuisées. habile nageur que fût

Christophe, il était inévitahlement perdu si la Providence n’eût envoyé à son aide. Les Ilots poussèrent sous sa main un de ces larges avirons, à cette époque encore usités pour suppléer aux voiles et manœuvrer durant les calmes. Au moyen de cet appui , il put reposer un peu ses membres, se maintenir à la surface, et atteindre ainsi le rivage. Après avoir remercié l’Auteur de son salut, il parvint, la charité publique l’aidant, à gagner Lishoime, où il savait devoir rencontrer plusieurs de ses compatriotes, parmi lesquels il eut la douce satisfaction de trouver son second frère Barthélemy Colomb.

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