‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 7 sur 316 · ENFANCE DE CTIRISTOPIIE COLOMB · texte numérisé non relu

ENFANCE DE CTIRISTOPIIE COLOMB

on pas ici quelque cliose de supérieur A la simple moralilé ? N’aperçoit-on pas l’essence de la noblesse, la vertu ? Si la noble origine de ce cardeur n’était prouvée de reste, l’influence de son exemple sullirait pour témoigm^r d’une tradition héraldique, qui se perpétuait à son humble foyer, et révéler la purc'té de race résistant aux étroites nécessités de la vie, à la monotonie et à la fatigue des labeurs quotidiens. C’("st de cette intimité (|ue Dieu tira l’agent de la plus grande opération qui ait eu lieu parmi les bommes.

Quoiqu’il les vît destinés au travail des mains, l’iionnéte cardeur voulut s’efforcer de donner à ses enfants toute l’éducation que permettrait l’exiguité de ses ressources. Frappé de l’intelligence de son fils aîné, l’artisan s’etïbrça de seconder la nature, et de procurera ce petit garçon l’instruction la plus complète qui se donnât alors. 11 Fenvova àrUniversité de Pavie, où son extrême jeunesse était sans doute patronnée par quelque membre de sa famille, que nous avons dit être originaire des États lombards. Christophe n’avait alors guère que dix ans. C’était un âge fort tendre pour d’aussi graves études que la philosophie naturelle, l’astrologie et la philosophie extbaoudinaibe dont l’enseignement rendait célèbre cette Uiiiversité.

On a savamment recherché sous quels maîtres cet enfant avait puisé les éléments des sciences. On oublie que la science de ses maîtres ne pouvait guère lui profiteig car il n a étudié que depuis l’àge de neuf à douze ans. A ([uatorze ans il élait déjà embarqué-, et nous savons qu’entre sa sortie de FUniversité de Pavie et son enrôlement maritime, il passa quelque temps travaillant, comme apprenti, au métier de son père. Nous ne contesterons pas le mérite, de ses professeurs-, et nous nous garderons bien de rechercher, comme on a eu l’ingénuité de le faire, quelle influence ils exercèrent sur lui. Il y a quelques années, sur

la prière de l’historien Luigi Bossi, MM. les Conservateurs des archives de l’Lniversité de Pavie ont à cet effet ' dressé la liste des professeurs dont les cours avaient probablement été suivis par Colomb. Cette liste commence en 1460 et se termine en 1480. Hélas! Colomb avait déjà vingt-quatre ans révolus et onze ans de navigation, lorsque les doctes maîtres Antonius de Bernadigio et Antoiiius de Terzago s’assirent dans leur chaire pour y enseigner l’astronomie, pendant que le célèbre mathématicien Franciscus Pellacanus, et maître Albertus de Crispis, ayant pour suppléants maître Guido de Crema, et maître Joannes de Marliano, professaient philosophie naturelle, A plus forte raison, le jeune Christophe n’avait-il pas pas eu occasion de suivre les cours de philosophie extraordinaire d’Henri de Sicile, de François de Salo, d’Olino Bosenasi et d’Augustin Carugo, dont l’installation n’eut lieu qu’en 1463 L

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il était attentif aux leçons de maîtres aujourd’hui ignorés, prédécesseurs de ceux dont les archivistes de Pavie ont fourni la nomenclature, et qu’il retira de sa précoce assiduité assez de fruits pour utiliser, dans la suite, ces premiers rudiments. Ayant quitté prématurément l’Université, sans doute parce que les efforts paternels étaient à bout de ressources, il revint à Gênes reprendre son premier métier, travailler avec son père.

Beaucoup de gens ne peuvent se faire à cette idée; l’histoire est pourtant positive à cet égard. En quittant les bancs, il travailla comme ouvrier avec son père et son second frère Barthélemy. L’instruction qu’il reçut à Pavie

* La liste communkiuée par les archivistes de Pavie commence au professorat de maître Stephanus de Faventia et se termine à celui de maître Lazerus de Sigleriis, astrologue.

fut bien peu de chose. Le peu de science qu’il avait retire de rUniversité lombarde est constaté par les historiens. Lui-môme l’avoue, ut M . de llumboldt le démont la;. Son compatriote Antonio Gallo dit cpie (Jiristophe et Barthélémy étaient imprégnés d’une mince instruction : mira 'pueviles amios parvis htieruhs imhuti^ . Agostino (iiustiniani, évêque de Nebbio, conlirme cette opinion : hic vuerilihus annis vix prima elenienta edoctus^. A cette courte éducation succéda le travail manuel dans la maison de leur père. Antonio Gallo avait établi (jne ces enfants furent ouvriers pendant leur jeunesse. Textor pater , carminatores Jilii aliquando fuerunt. Bartliolomeo Senarega appuie sur ces détails, veut nous dire ce qu il entend par car minai or es ^ et il rexpli(|ue en l’embrouillant j)ar un barbarisme^. Casoni confirme cet apprentissage du métier de cardeur, en rapportant qu’ils passèrent ([uelque temps dans la maison paternelle avant de s’embarquer L II est naturel de penser (ju’entre le moment où il quitta l’Université, et celui où il embrassa une profession suivant son goût, Christophe partagea l’occupation quotidienne de ses parents.

1 Antonii Galli, deNavigationeColumbi per inaccessum antea Oceaniim commentariolus, — dans la collection de Muratori, t. XXlll.

2 Augustinus Justinianus, genucnsis prædicatorii ordinis , Episcopus, etc., — en marge du Psaume xvi:i , dans le Psautier polyglotte dédié à SS. le pape Léon X, en 1 5 1 G.

® Bartholomei Senaregæ genuensis,de rebus genuensibus comir.entaria. — « Carminatores il sunt quos vulgus Scau/atohes appelai. » Or le vulgaire appelle un cardeur Scardassiere et non pas Scarzalore, mot qui est un vrai barbarisme.

* « Si trattenero per qualche tempo nella casa paterna. » — Annali délia Repûb. di Genova.

§ II

En sortant des rues étroites et sombres de Gênes, si l’on monte sur ses remparts, ou si l’on vient à gravir les sévères montagnes qui la dominent et l’enferment de tous côtés, ne lui laissant d’issue que sur la Méditerranée, comme pour la contraindre à tenter cette voie, on se trouve ébloui de la lumière inondant la transparence de l’air, tout imprégné de senteurs énergiques. Le vif azur des flots se jouant sur des rivages d’un encadrement enchanteur, les lointains éclatants du golfe ligurien élèvent l’ame , en transportant sous d’autres cieux la pensée. On sent que malgré sa magnificence, Tenceinte de la ville de marbre ne peut suffire à l’imagination de ses enfants, On comprend qu’en effet la mer est la vie, la sève et la force de cette cité. Un attrait général disposait les jeunes Génois aux aventures de la mer. Christophe Colomb, qu’un amour précoce de la Nature, portait à la contemplation des œuvres divines, et qu’un secret instinct poussait à l’étude de la géographie, préféra la mer aux travaux sédentaires et monotones de sa famille. Une considération particulière pouvait le déterminer dans le choix de cette carrière. Depuis la perte de leurs biens en Lombardie, presque tous ses ancêtres avaient cherché fortune sur mer. Des hommes de son nom et de son sang s’étaient illustrés dans la marine militaire. D’ailleurs la voie de la mer était l’unique chemin de la fortune et de la gloire pour les Génois.

A cette époque la navigation était une rude école. L’installation de bord ne faisait aucune concession aux commodités de la vie. L’espace était strictement ménagé. La marine marchande se trouvait forcément un peu guerrière. Seulement, elle se bornait à garder la défensive^ mais

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