LE JUBILE DE CLÉMENT XIV
Père, et il saisit cette occasion de faire ce qu'on a nommé « une sortie » contre le fatal « esprit du siècle » , dont il crayonnait le triste tableau *.
Prions pour ces ouailles indociles et rebelles , qui s'efforcent d'étouffer la voix des pasteurs par' les clameurs d'une vaine et superbe philosophie. Hélas ! qu'ils jugent eux-mêmes, ces zélateurs infortunés de l'irréligion , qu'ils jugent du fruit des leçons ; qu'ils nous disent s'ils ont sujet de s'applaudir de l'effet qu'elles ont opéré dans les mœurs. Ah! puissent-ils comprendre enfin combien la sagesse de l'Évangile est supérieure à toutes les spéculations des philosophes ; rentrer dans le sein de la foi, qu'ils ont si cruellement déchiré; adorer en esprit et en vérité le Dieu qu'ils ont tant de fois blasphémé ; ramener à Jésus-Christ, par leurs bons exemples, les âmes rachetées de son sang, qu'ils en ont éloignées pas leurs funestes écrits ; chercher, dans les larmes de la componction et les exercices de la pénitence, cette félicité que leur fausse sagesse promet aux autres avec tant de faste, et qu'elle ne saurait leur procurer à eux-mêmes! Puissent-ils, en un mot, par la réparation de leurs scandales et la pratique des vertus chrétiennes , devenir l'édification du troupeau, la joie et la couronne du pasteur^ !
La pièce pontificale qui venait de provoquer ce mandement n'avait pas été publiée sans difficulté dans le royaume.
Il était d'usage traditionnel en France que la bulle d'un jubilé fût envoyée sans intermédiaire au nonce, lequel, après l'avoir communiquée au roi, la transmettait lui-même aux archevêques, et par eux à leurs suffragants. Dans la circonstance présente, le Saint -Père, instruit des derniers arrêts du Parlement concernant les actes émanés de Rome , crut devoir adresser direc-
i Journal anecdotiquej publié par M. Hippeau, p. 49. * Mandement du 8 mars 1770.