‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 14 sur 348 · SES INDIGNES PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

SES INDIGNES PROCÉDÉS

états ; il a été assommé, percé, cruciiSé : sa vocation est des plus décidées *. »

Or, dans ces dernières années, le poète licencieux s'était fait connaître par des œuvres d'une nature telle , que l'archevêque de Paris, ne pouvant plus compter sur les répressions de la police , avait résolu, pour couper court au scandale, de s'imposer tous les sacrifices d'argent qui seraient nécessaires. Il est vrai que la plupart de ces poésies , absolument lubriques , ne circiilaient qu'en manuscrit et sous le manteau ; mais Robbé les récitait un peu partout, et la ^dIle entière restait Infectée d'abominations soi-disant « secrètes ». Beaumont crut qu'il devait intervenir de sa personne, au nom des mœurs outragées, et il n'hésita pas à offrir une pension de douze cents livres à celui qu'on appelait « le plus mauvais sujet de Paris », avec la condition expresse qu'il brûlerait tous ses manuscrits erotiques et s'engagerait à retirer de la circulation "^tous ceux qui lui tomberaient sous la main.

Robbé souscrivit à tout, empocha l'argent et cessa de répandre les copies de ses vers; mais il continua efifrontément à les réciter devant certaines compagnies, triées sur le volet, « parmi celles qui, sans scrupule, voulaient bien tout entendre ».

M. de Marigny, parait-il, était du nombre. Ce frère de madame de Pompadour, soupant un soir avec quelques amis « sans scrupule », se fit débiter, par Robbé lui-même, une de ses pièces les plus infâmes. La lecture finie, Robbé ayant fait sonner l'or qui gonflait sa poche : « C'est de mon bon archevêque, dit-il avec une

^ Mémoires secrets, dits de Baahaumont; t. I, p. 109.

i 20 IL PASSE AUX CONVULSIONNAIRES.

i impudence rare ; je lui tiens parole ; mon poème ne sera

pas imprimé de mon vivant , mais je le lis. » Il

s'échappa ensuite en d'autres propos , qui montraient trop clairement à quel honteux métier passaient les charités de l'austère Christophe de Beaumont ^

Tel est le néophyte de l'église janséniste dont la pudeur se rassurait à la pensée que « Thémis » venait de condamner « les fils audacieux de Loyola »

A devenir, s'il se peut, gens de bien !

C'est de ce même néophyte que le chroniqueur dira plus tard : « Robe de Beauvezais (5^6*), si connu par ses ouvrages libertins, vient de tremper sa plume dans une autre encre. Depuis longtemps, sans être dévot, il s'est jeté dans le parti des convulsionnaires, dont il est l'apôtre le plus zélé. Il pousse la fureur au point de faire un poème en faveur de la religion, en six chants. H paraît avoir suivi à peu près le plan de M. Racine ^. » De là cette épigramme à l'emporte-pièce :

Tu croyais, ô divin Sauveur, Avoir bu jusques à la lie Le calice de la douleur.

11 manquait à ton infamie D'avoir Robbé pour défenseur!

Ce poème « en faveur (!) de la religion » circula d'abord manuscrit, mais ne fut édité par l'auteur qu'en

ï On peut consulter, sur ce triste sujet, les Mémoires de madame du Hausset^ femme de chambre de la marquise de Porapadour. Elle tenait le fait de Marigny lui-même (édition Barrière, p. 120). '

^ Mémoires secrets^ t. II, p. 114.

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