‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 13 sur 348 · FAIBLESSE DU ROI · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DU ROI

P. de la Croix, qitantus fuerii bonorum omnium dolor,

atque impHmis lllustrissimi Parisiensis archiepiscopi ^ Il ajoute, et nous l'en croyons facilement, que le roi et sa famille se sentirent blessés au fond de l'âme par ce mépris de l'autorité souveraine.

On s'agite aussitôt à Versailles, on délibère , on menace. Il n'}'^ avait pourtant qu'un parti à prendre, et tout gouvernement soucieux de son honneur l'eût pris sur l'heure même. Malgré les nouvelles sollicitations de l'archevêque de Paris, Louis XV hésita devant l'alternative proposée froidement par Ghoiseul : « Sire, supprimez les Jésuites ou supprimez les Parlements. » Il eut peur. La Compagnie de Jésus était condamnée d'avance, en dépit des efforts qu'on va dépenser pour elle pendant les six mois de trêve. « Ainsi, notait alors l'avocat Barbier, voici arrivé le coup que les jansénistes souhaitent depuis longtemps ^. »

Les jansénistes ! Il se rattache à ce nom un épisode étrange, peu connu dans ses détails, et que je veux raconter avec quelque étendue, car l'honneur de Beaumont y est intéressé par plus d'un point.

Au lendemain de l'inique arrêt du Parlement, un janséniste de fraîche date — on verra tout à l'heure le motif de cette qualification — écrivait au dessinateur Desfriches, son ami, une lettre, restée inédite jusqu'à nos jours, et dont il faut donner des extraits :

9 août 1761. — Que vous dirai-je des révérends Pères, mon très cher, que vous ne deviez savoir actuellement mieux que moi ? L'immortel arrêt qui les anéantit doit vous être parvenu , et vous avez

1 Lettre du II août 1761 au P. Ricci. ^ Journal, t. VII, p. 396.

bbâumont, II. 2

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pu juger, par sa teneur, qu'il est impossible qu'ils se relèvent, jamais de ce coup de foudre, quelque appareil que le Conseil puisse mettre sur cette profonde plaie que le Parlement vient de leur faire. Leur collège et leur noviciat fermés, tout enseignement interdit pour jamais, les écoliers qui fréquentaient leurs gymnases déclarés incapables d'entrer dans les universités et d'y prendre des grades, inhabiles à posséder les charges civiles et municipales. Où sont les fous de parents qui voudront désormais fermer toute porte à la fortune de leurs enfants, en les confiant à ces scélérats notés et diffamés par provision, en attendant l'époque prochaine où, suivant toutes les apparences, on les forcera à vuider le royaume?...

J'ai vu avant-hier, avec une joie indicible, flamber, au bas de l'escalier du palais, la bibliothèque entière des révérends Pères.... J'ai composé à ce sujet l'épigramme suivante :

De Loyola les iils audacieux.

Dûment contraints à payer ce qu'ils doivent.

Sans doute sont interdits, furieux

Du fier soufflet qu'en public ils reçoivent.

Mais un désastre encore plus affreux

Les fait trembler, prêt d'éclater sur eux :

Thémis, qu'enfin révolte leur njorale , Va, foudroyant leur code antichrétien.

Les condamner, par une loi fatale, A devenir, s'il se peut, gens de bien^

L'homme qui écrivait ces lignes n'est autre que le cynique Robbé de Beauveset, dont la muse pilissonne, après avoir longtemps défrayé une société libertine, s'était brusquement jetée dans un jansénisme à outrance. « C'est un convulsionnaire intrépide, dira bientôt le chroniqueur, et c'est un amateur zélé qui a besoin des secou7^s'les plus a])ondants. Il a passé par tous les

Lettres inédites de Ilobbé de Beauveset (Introducl , p. xlviu).

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