‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 153 sur 348 · RÉPARATIONS A LA MÉTROPOLE · texte numérisé non relu

RÉPARATIONS A LA MÉTROPOLE

Beaumont s'était flatté trop tôt d'un rétablissement complet. Après avoir assisté aux offices du 15 août, il commit l'imprudence de prendre part à la procession du vœu de Louis XIII. Rentré au palais, force lui fut encore de se jeter au bain et d'y passer une partie de la nuit. La paroisse de Saint-Landry, qui l'attendait le lendemain pour les cérémonies de la confirmation, dut renvoyer la fête au dimanche suivant.

Cet état douloureux de santé n'empêchait point cependant Tarchevêque de s'intéresser aux diverses réparations naguère entreprises à Notre-Dame, avec l'assentiment e^t le concours du chapitre. Après avoir dépensé, depuis 1767, plus de soixante mille livres pour les gros travaux de son palais, il voulut concourir encore pour une somme assez ronde à ces restaurations, jugées nécessaires, de l'église de Maurice de Sully, de Philippe-Auguste et de Saint-Louis, Toutes hélas ! ne furent pas également heureuses; quelquesunes même ont paru déplorables.

Déjà, sur la fin du règne de Louis XIV, sous prétexte de consolider l'édifice, on l'avait dépouillé tour à tour de ses moulures, de sa végétation de pierre, de ses gargouilles, de ses clochetons. On travaillait maintenant, depuis quelques années, à repaver en carreaux blancs et bleus tout le sol de la nef, de ses bas-côtés, du transept et des collatéraux. La plus grande partie des pierres tombales que l'on retira furent débitées comme de simples pierres de taille ; le reste servit à daller les terrasses des chapelles et les galeries des tours *.

• Voir, dans les Registres capilulaires de Noire-Dame^ le rapport du doyon Tuderl sur le préjudice causé à rornemenlation intérieure de Téglise par la lenteur exagérée des travaux (Délibération du 30 janvier 1771).

206 MUTILATIONS REGBBTTABLES.

On a prétendu, à tort ou à raison, que le nouveau marbre du pavé avait été tiré d'une carrière découverte en Bourbonnais, dans la terre du ministre d'État Bertin ; que celui-ci, ne sachant trop comment le débiter, « avait imaginé d'engager Louis XV à consacrer une certaine somme pour l'embellissement de Notre-Dame, et que sa clause secrète avec le chapitre avait été qu'on commencerait par le débarrasser de sa marchandise * ». L'opération, en occasionnant une dépense de trois cent mille livres, entraîna la destruction des innombrables pierres tombales dont nous avons parlé, lesquelles composaient l'ancien dallage et portaient presque toutes des effigies gravées en creux.

Mais la mutilation la plus grave venait d'être accomplie, en 1771, sous la direction d'un architecte de valeur, toujours avec l'assentiment et le concours du chapitre. Soufflot, pour laisser aux processions une entrée plus spacieuse, avait fait entailler la belle sculpture du Jugement demie?^ et disparaître le trumeau qui divisait la grande porte occidentale en deux parties. Ce pilier fut entièrement supprimé avec la statue du Christ qui s'y trouvait posée, et les curieux bas-reliefs qui en couvraient la base. Hâtons-nous de dire que nos architectes du XIX* siècle l'ontrétabli, et que le Christ bénissant a repris sa place au trumeau ^.

1 L' Espion anglais, t. IV, p. 239.

» Cf. Description de Notre-Dame de Paris, par MM. de Guilhermy et Viollel le Duc, p. tl. — Ce fui en 1768 que le chapitre de Notre-Dame fit placer dans son parvis, au pied de la tour septentrionale, une pierre triangulaire du milieu de laquelle s'élevait un poteau, chargé de ses armes. « C'est de là, comme d'un centre commun, qu'on commencera à compter les distances itinéraires qu'on se propose de marquer sur toutes les grandes routes du royaume.» [Journal historique de iniu. 1778, p. 377.)

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