DÉPÊCHES DIPLOMATIQUES
bles dans les États catholiques *. > On n'était pas néanmoins sans appréhension, à la cour, sur la manière dont le clergé de l'rance allait accueillir un bref qui semblait n'avoir pas eu, à Rome même, la solennité accoutumée et requise pour faire loi, attendu qu'il n'avait été affiché ni au champ de Flore ni aux portes de Saint-Pierre.
Il faut bien s'attendre , écrivait le duc d'Aiguillon dans une dépêche à Bernis, qu'un coup d'éclat aussi extraordinaire ne réunira pas en sa faveur tous les suffrages , et qu'il ne sera pas d'abord approuvé des amis et des partisans de la Société éteinte. La forme qui a été employée dans Texécution des ordres du pape paraîtra surtout fort singulière ; mais enfin tout pliera sous l'autorité pontificale. Je suis bien pei^uadé que Votre Éminence donnera la plus grande attention aux suites immédiates de cette grande affaire , et qu'elle continuera de me mettre en état d'en rendre à Sa Majesté le compte le plus fidèle et le plus circonstancié ^.
Le cardinal ambassadeur ne se payait point de telles assurances , car il était de ceux qui attribuaient à l'archevêque de Paris le dessein de former dans le clergé un parti capable de suspendre l'exécution de l'acte pontifical. Et le ministre de lui répondre :
Je crois que Votre Éminence peut sûrement compter sur un silence absolu de la part des évêques de France, relativement au bref dont il s'agit ; et si quelqu'un s'écartait de la façon de penser du roi à cet égard, il ferait une démarche que Sa Majesté désapprouverait, d'autant plus qu'indépendamment de l'inutilité dont elle serait, elle tendrait formellement à tix)ubler la paix, que le pape
^ Lettre de Louis XV à Clément XIV, 7 septembre 1773.
* Cette dépêche, citée par Thoiner, était jointe à la lettre royale.
228 SENTIMENTS DE l'ÉVÈQUE D* AMIENS.
désire de maintenir, et que It roi veut absolument conserver dans son royaume ^
Ghristxjphe de Beaumont n'était pourtant point le seul que le bref de Clément XIV avait frappé d'une véritable stupeur. « Ce que le pape vient de faire à l'égard des Jésuites, écrivait son pieux ami, a consterné tous les gens de bien; mais il faut se taire et prier Dieu qu'en la place de tant de bons ouvriers il en envoie qui les remplacent*. » Peu de jours auparavant, le même prélat avait écrit : « Je reçois cette affligeante nouvelle de la destruction des Jésuites ; je ne puis me persuader que le pape veuille détruire ce que vingt de ses prédécesseurs ont approuvé. Voilà une révolution que je ne croyais pas possible. Je pensais bien que le pape ne les aimait pas, et qu'on le forcerait à ne les pas bien traiter, mais l'entière abolition ne me semblait pas possible, surtout après la confirmation qu'avait faite de la Société Clément XIII, prédécesseur et créateur du pape présent ^. »
Il ne faudrait pas conclure de cette confidence que la soumission de l'évêtiue d'Amiens fût moins grande que n'avait été sa surprise. Nous ne croirons jamais, pour notre compte, à l'authenticité de la lettre pastorale qu'on fit courir alors sous son nom, et qui est une protestation en forme contre le bref du Souverain Pontife*. Rien ne nous autorise, d'autre part, à voir une intention de blâme plus ou moins direct à l'adresse de
1 Dépêche du 5 octobre 1773.
* Lettre de Mgr de la Motte à une carmélite d'Avignon (Archives do Sainl- Acheul).
* Lettre à madame de Pompignan (Delgove, p. 394).
* Clef du cabinet, novembre 1773, p. 377.