CHAPITRE VIII
Lettre de l'archevêque de Paris à Clément XIV, au sujet du bref qui supprime la Compagnie de Jésus. — Doutes sérieux sur Tauthenticité de ce document. — Défi porté par les Nouvelles ecclésiastiques. — Motifs du silence gardé par Beaumont. — Sentiments du pape Pie VI à son égard. — L'archevêque appelle le P. Beauregard à Notre-Dame. — Succès croissants de l'orateur : son accent prophétique.
Le bref de Clément XIV au cardinal de Bernis est du 9 mars 1774. Après avoir rappelé « les graves et sérieuses raisons » qui l'avaient déterminée à supprimer la Compagnie de Jésus, Sa Sainteté ajoutait : « Vous ferez donc une chose qui Nous sera très agréable... si vous manifestez à vos vénérables frères, les évoques de France, quels ont été Nos desseins et combien Nous désirons que ce que Nous avons décidé, pour Tutilité de l'Église, soit accueilli par eux avec des sentiments d'adhésion entière... Vous leur prescrirez en Notre nom qu'ils prennent garde de ne laisser rien faire ou s' établi dans leurs diocèses qui puisse déroger à la teneur de Nos lettres... »
Le 24 avril, Tarchevêque de Paris répondit par une longue déclaration que nous voulons reproduire en son entier, bien qu'elle ne nous paraisse pas avoir tous les caractères d'une authenticité absolue. Crétineau-Joly
LETTRE DE l' ARCHEVÊQUE AU PAPE. 235
n'a point hésité à l'insérer dans sa grande Histoire, et, si la polémique soulevée à cette occasion n'a pas fait tout le jour désirable sur le document qui nous occupe» nul doute qu'il n'exprime, dans son ensemble, ce que nous savons être les vrais sentiments de Christophe de Beaumont. On verra tout à l'heure le motif de nos réserves sur ce point.
« Ce bref n'est autre chose qu*un jugement personnel et particulier. Entre plusieurs choses que notre clergé de France y remarque, d'abord il est singulièrement frappé de l'expression odieuse et peu mesurée employée à caractériser la bulle Pascendi munus, etc., donnée par le saint pape Clément XEI, dont la mémoire sera toujours glorieuse, buUe revêtue de toutes les formalités. Il est dit que cette bulle, peu exacte, a été extorquée plutôt qu'obtenue ; laquelle néanmoins a toute la force et toute l'autorité qu'on attribue à un concile général, n'ayant été portée qu'après que tout le clergé catholique et tous les princes séculiers eussent été consultés par le Saint-Père. Le clergé, d'un commun accord et dune voix unanime, loua extrêmement le dessein qu'en avait conçu le Saint-Père, et en sollicita avec empressement Texécution. Elle fut conçue et publiée avec l'approbation aussi générale que solennelle. Et n'est-ce pas en cela que consiste véritablement l'efBcacité, la réalité et la force d'u^ concile général, plutôt, très saint Père, que dans l'union matérielle de quelques personnes ^ f- ( qui, quoique physiquement unies, peuvent néanmoins être très éloignées l'une de l'autre dans leur manière de penser et dans leurs jugements et dans leurs vues f Quant aux princes séculiers, s'il en est qui ne se soient pas joints aux autres pour lui donner positivement leur
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approbation, leur nombre est peu considérable. Aucun v ne réclama contre elle, aucun ne s'y opposa, et ceux
» même qui avaient dessein de bannir les Jésuites souf-
frirent qu'on lui donnât cours dans leurs États.
« Or, venant à considérer que l'esprit de l'Église est indivisible, unique, seul et vrai, comme il est en effet, nous avons sujet de croire qu'elle ne peut se tromper d'une manière si solennelle. Et cependant elle nous induirait en erreur, nous donnant pour saint et pieux un Institut qu'on maltraitait alors si cruellement, sur lequel TÉglise et par elle l'Esprit-Saint s'énoncent en ces propres termes : « Nous savons de science certaine « qu'il respire très fort une odeur de sainteté » ; en munissant du sceau de son approbation et confirmant de nouveau non seulement l'Institut en lui-même, qui était en butte aux traits de ses ennemis, mais encore les membres qui le composaient, les fonctions qui y étaient exercées, la doctrine qui s'y enseignait et les glorieux travaux de ses enfants, qui répandaient sur lui un lustre admirable, en dépit des efforts de la calomnie et malgré les orages des persécutions. L'Église se tromperait donc effectivement, et nous tromperait nousmêmes, voulant nous faire admettre le bref destructif de la Compagnie, ou bien en supposant qu'il va de pair, tant dans sa légitimité que dans son universalité, avec la Constitution dont nous avons parlé. Nous mettons à part, très saint Père, les personnes qu'il nous serait aisé de désigner et de nommer, tant ecclésiastiques que séculiers, qui se sont égarées et ont trempé dans cette affaire. Elles sont, à dire vrai, de caractère, de condition, de doctrine et de sentiment, pour ne rien dire de plus, si peu avantageux, que cela seul suffirait pour