IMPUTATIONS ET MENACES
moins un à lui-même, afin qu'il s'en servît pour empêcher le rétablissement des Jésuites dans le royaume- Ce fut alors que Clément XIV donna par complaisance au cardinal un bref personnel, qui ne dit rien de plus que celui de la suppression. € Il n'en était que la suite et avait été sollicité comme le premier ^ » En l'expédiant au ministre français, Bernis fait cette déclaration utile à noter : « Le Pape a cru qu'il fallait préférer à tout la paix de l'Église universelle et du Saint-Siège, le repos et la satisfaction des princes catholiques qui en sont les soutiens; mais il n'a pas prétendu livrer les Jésuites à l'ignominie , à la persécution et au fanatisme ^ »
Mais le fanatisme ne l'entendait pas de cette sorte, et ce fut le prétexte de récriminations nouvelles contre l'archevêque de Paris, accusé « de travailler à rétablir les Jésuites dans le royaume en corps de congrégation ^».i « Tel est depuis le mois de janvier, ajoute perfidement la feuille sectaire, le grand et digne objet de son zèle. » Et elle ne manque point de rappeler à cet égard, sous forme de menace, l'ancien arrêt du Parlement faisant « très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de proposer ^ solliciter ou demander^ en aucun temps ni en aucune occasion^ le rappel et rétablissement desdits Institut et Société, à peine... d'être * personnellement réputés conniver à l'établissement
1 Histoire générale de la suppression des Jésuites , par Collombet, t. II, p. 36.
^ Ces lignes de Bernis sont extraites d'une lettre qui a été publiée par un écrivain- non suspect de partialité en faveur des Jésuites, M. Sylvi, à Toccasion do la brochure Henri IV, les Jésuites et Pascal.
' Nouvelles ecclésiastiques de 1774, p. 38.
FIERTÉ d'aME du PRELAT. 233
d une autorité opposée à celle du roi, même favoriser la doctHne régicide,,, et en conséquence poursuivis extraordinairement ^ » etc.
Nous connaissons trop la fierté d'âme de Christophe de Beaumont pour penser qu'il ait été ému en rien de ces lignes comminatoires. Les procédés d^intimidation ne trouvèrent jamais prise sur un homme qu*on a toujours vu porter la tête plus haut que l'orage. Mais, dans la circonstance présente, une autorité plus respectée que celle des parlements venait de faire entendre à l'épiscopat du royaume un appel qui troublait sa conscience, et sur lequel il sentait le besoin de s'expliquer.
C'est là ce point délicat de son histoire que tout nous fait un devoir d'aborder ici, conformément au précepte qui ne défend pas moins de taire le vrai que de dire le faux : Ne quid falsi dicere audeat^ deinde ne quid veri non audeat ^.
' Arrôt du 16 janvier 1764, renouvelant les dispositions de celui du 6 août t762.
> De Oralore, l. Il, g xv.