LETTRE DE LEVÊQUE DE LISIEUX
qu'on pensait à une époque non moins tourmentée que la nôtre. Voici donc ce qu'écrivait Condorcet, évèque de Lisieux , à l'archevêque de Paris :
Monseigneur, — J'espérais, chaque jour, que le roi casserait les arrêts du Parlement de Paris au sujet des Pères Jésuites, et c'est la raison pour laquelle je n'avais pas eu Thonneur de vous écrire. Mais voyant que cette affaire traîne en longueur, et que le triomphe des ennemis de l'Église s'accroît de plus en plus, je viens à vous avec confiance pour vous supplier de faire passer à Sa Majesté, comme son archevêque, l'étonnement et l'affliction que m'a causés l'entreprise de son Parlement, en faisant fermer les écoles de ces religieux, établis spécialement pour enseigner.... Nous sommes donc à la veille de voir toute la jeunesse du royaume livrée à des gens suspects en matière de doctrine, à de vrais jansénistes, puisqu'on ne saurait douter, par ce qui a été fait jusqu'ici, que ce ne soit pour les favoriser que la proscription des Pères Jésuites a été résolue. Les opinions vraiment condamnables qu'on reproche à certains auteurs de leur Société ne sont, au fond, qu'un prétexte pour colorer une proscription si violente...
Nous voyons avec consolation qu'ils sont les religieux qui vivent dans nos villes avec plus de régularité pour les mœurs, ceux qui remplissent les chaires avec plus d'applaudissement, qui travaillent, dans les missions où nous les employons, avec plus de zèle ; qui se prêtent, dans toutes les occasions, à la dévotion des fidèles avec une charité plus désintéressée ; qui ont enfin plus de talent pour enseigner la jeunesse, et qui se montrent les plus opposés aux nouvelles erreurs... Veuillez donc vous charger. Monseigneur, de porter au pied du trône nos justes alarmes... Si vous obtenez, comme je respèi*e, de la bonté du roi et de son amour pour la justice et pour l'Église, l'anéantissement des aiTêts dont nous nous plaignons, une infinité de familles qui ont confié aux Pères Jésuites l'éducation de leurs enfants, et que ces derniei^ événements troublent, affligent et dérangent, vous en rendront d'éternelles actions de grâces. — Je suis, etc..
Signé : J.-M., évèque de Lisieux,