SA PROTESTATION ET SA MORT
que, je n'y résisterais pas. On fit intervenir dans cette grande affaire M. le garde des sceaux et le premier président du Parlement ; on indisposa enfin tellement Sa Majesté contre moi, qu'il me fut impossible de me le dissimuler à la manière dont elle me donna des ordres sur cet objet. Dès lors, persuadé que je ne parviendrais plus à faire aucun bien, je pris sur-le-champ le parti d'abandonner ma place qui ne pouvait plus avoir aucuns charmes pour moi ; je fis dope demander à Sa Majesté la permission de lui remettre ma démission.
Je proteste ici, et je renouvellerai cette protestation à l'article de la mort, que jamais aucune idée de jésuite n'est entrée dans mon projet de l'École des aumôniers ; que j'ai demandé indistinctement à plusieurs évêques des sujets instruits et vertueux, sous la condition expresse qu'aucun n'eût été jésuite *...
Quelques mois plus tard, le 15 janvier 1778, le comte de Saint-Germain, à peine rendu à lui-même, mourait à Paris dans la soixante-dixième année de son âge. On lui fit de magnifiques obsèques. Le prince de Montbarey, son successeur au ministère, menait le deuil, et l'empressement affecté de la plupart de ceux qui avaient contrarié ses plans parut justifier une fois de plus le mot du poète :
... Il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi, quand il n'est plus à craindre.
Dans l'intervalle, en pleine crise même des incidents que nous venons de rapporter, Christophe de Beaumont avait couru un très grave péril de mort.
1 II ajoutait : € En vérité, on me faisait plus d'honneur que je ne méritais, de croire que depuis cinquante ans que j'avais abjuré les dogmes de cotte Société, je puisse y tenir encore par aucun sentiment d'attachement. » {Mémoires de M. le comte de Saint-Germain, p. 40.} — Nous devons faire remarquer néanmoins que ces Mémoires (édition d^Àmsterdam, t779), ont été altérés par une main infidèle et dirigés par des principes tout opposés ù ceux du ministre de Louis XVI. Barbier en attribue la rédaction à l'abbé de la Montagne.
344 MALADIE GRAVE DE l' ARCHEVÊQUE.
C'était dans les premiers jours de mai 1777. Une grosse fièvre venait de le saisir à lïmproviste , et la maladie prit bientôt un caractère assez inquiétant pour que le chapitre crût devoir ordonner les prières des Quarante-Heures. Par une attention qui fait honneur à leur délicatesse, les chanoines de Notre-Dame avaient indiqué le chant du psaume xl, Beatus qui intelligit super egenum et pauperem, dont les versets renferment une analogie, qui fut très remarquée, avec les abondantes aumônes que répandait la main de Farchevêque*. Le lundi 19 mai, la fièvre ayant paru moins forte, à la suite d'une nuit passée dans des conditions meilleures, le public fut informé que la maladie « commençait à se civiliser ». Les jansénistes en inféraient que le prélat « pouvait bien se tirer d'affaire en peu de temps, à la grande satisfaction des ci- devant Jésuites et de leurs partisans, qui devaient adresser au ciel des prières d'autant plus ferventes pour la conservation de M. de Beaumont, qu'ils devaient regarder ce pontife comme le plus beau fleuron de leur couronne ^ » .
Cependant, le jeudi 22, l'état de l'archevêque sembla brusquement désespéré. Le malade avait réclamé l'Extrême- Onction et le saint Viatique. Ce fut le lendemain, vendredi, qu'il accomplit cet acte de foi avec les sentiments d'une piété et d'une humilité qui touchèrent aux larmes toute l'assistance. Ses deux aumôniers en surplis, son écuyer et le vicomte de Beaumont, son neveu, avaient reçu le saint Sacrement au pied du grand
1 Hardy, qui consigne ce fait, ne manqua pas, en bon janséniste, de souhaiter que cette distribution d'aumônes fût « plus sage ou mieux entendue». (25 mai 1777.)
^ Hardy, 19 mai.