‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 274 sur 348 · LETTRE DE BE\UMONT A DUCIS · texte numérisé non relu

LETTRE DE BE\UMONT A DUCIS

La cendre de Voltaire, en tous lieux révérée ,

Eût fait de tous les lieux une terre sacrée.

Où repose un grand homme, un Dieu doit habiter^.

On dit qu'à ce dernier trait les enthousiastes de la loge du Grand-Orient crièrent bis avec frénésie, et qu'il y eut des battements de mains et des vivats assourdissants. Le bruit de cette bacchanale se serait fait entendre au dehors, et Paris tout entier en aurait eu connaissance. De là une crainte, peu justifiée, que le gouvernement ne manifestât de quelque manière son indignation, en se prenant d'un beau feu pour sévir « contre ces Sociétés mystérieuses qui s'élèvent et s'étendent à la face des lois qui les proscrivent* ». Les fi*ancs-maçons ne furent pas inquiétés.

Ajoutons, pour clore tout l'incident, une particularité qui s'y rattache de très près, et dans laquelle nous retrouverons encore l'intervention vigilante de notre prélat.

Ducis, le plus religieux sans contredit des littérateurs du temps, ayant été nommé par calcul successeur de Voltaire à l'Académie, Beaumont ne manqua point de lui écrire pour l'exhorter « à ne pas blesser dans son discours de réception, par un éloge sans mesure, les sentiments chrétiens de son auditoire ». Il connaissait assez l'abbé de Radonvilliers, chargé de donner la réplique au nouvel élu, pour être persuadé que l'exjésuite ne craindrait pas d'aflEronter un orage par ses protestations, sous forme modérée , contre les œuvres licencieuses et impies du vieux poète.

1 Almanaehdes Mu$es de 1792, p. 37.

* Journal historiqiie du l" janvier 1779, p. 77.

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