LES (( MOTS » DE ROUCHER
Quand Voltaire n'est plus, s'éveille, et lâchement A des restes sacrés refuse un monument!... Eh! qui donc réservait cet opprobre à Voltaire? Ceux qui, déshonorant leur pieux ministère, En pompe, hier peut-être, auraient enseveli Un Calchas, soixante ans par l'intrigue avili. Un Séjan, un Verres qui, dans des jours iniques. Commandaient froidement des rapines publiques!...*
Dès les premiers jours d'octobre, l'archevêque de Paris avait adressé au garde des sceaux un Mémoire sur le poème de Roucher, bien qu'on ne l'eût pas encore livré à l'impression. Il prétendait savoir de bonne part « que cet ouvrage était infecté de la philosophie moderne et sous les fleurs cachait im venin dangereux ». En conséquence, il avait prié le chef suprême de la justice de faire veiller de près à l'examen de l'œuvre, et Miromesnil s'était empressé d'envoyer à Pidansat de Mairobert les observations du prélat, avec injonction de s'y conformer ^. J'ignore si Beaumont eut jamais occasion de lire le passage que je viens de citer, passage que les ciseaux de la censure retranchèrent du second chant, lors de la publication presque immédiate du poème des Mois; mais, plus sensible aux blasphèmes qu'aux injures, le pieux prélat n'eût rien tant déploré, à coup sûr, que l'inconvenance des vers qui terminent le fragment dont je parie :
Eh ! qu'importe, après tout, à cet homme immortel , Le refus d'un asile à l'ombre d'un autel ?
' On dit que, sous ces deux portraits d'un prélat intrigant et d'un minisire concussionnaire, Roucher a voulu sensiblement désigner la Roche-Ayniou et Terray. (Bachaumont, loe. cit.)
* Bachaumont, 27 octobre 1778.