‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 276 sur 348 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Double fait d'armes d'Antoine de Beaumont, neveu de l'archevêque. — Il est soumis à la môme opération qu'avait subie son oncle. — Circonstances qui amènent le prélat à publier VHistoire généalogique de sa famille. ~~ Origines de la maison de Beaumont. — firizard est chargé d'en être Thistorien. — Son Mémoire justificatif. — L*anecdote du chanoine de Grenoble. — Motifs qui font suspendre la publication de l'ouvrage. — Échange de lettres entre Christophe de Beaumont et Brizard. — Observations de Tabbé Grosier et arbitrage du P. Berthier. — Destinée de l'ouvrage et de son auteur.

Au milieu des traverses nouvelles qu'elle lui avait suscitées, Tannée 1778 ne s'était pourtant pas écoulée tout entière sans apporter à Christophe de Beaumont une sorte de diversion heureuse, vraie joie de famille mélangée de quelque orgueil patriotique.

Le troisième fils de son frère Armand venait, en effet, de conquérir la renommée par un double fait d'armes resté célèbre dans les fastes de notre marine. Au mois de juillet dernier, Antoine, vicomte de Beaumont, à qui

le roi avait donné le commandement d'une frégate, forçait victorieusement le capitaine Faîrfax d'amener le sloop anglais V Alerte, de quatorze canons. Le 11 septembre, après trois heures et demie d'une lutte opiniâtre, il s'emparait de la frégate le Fox, de vingt-huit canons, attachée à l'escadre de l'amiral Harland, qui

376 FAITS d'armes d'un beaumont.

formait l'arrière-garde de la flotte anglaise. Elle était montée par le capitaine Windsor, frère de lord Plymouth et neveu de rarchevèque de Cantorbéry, qui se fit beaucoup d'honneur par la bravoure avec laquelle il venait de se défendre : il avait eu le bras cassé dès le commencement de l'action, mais il ne s'était rendu qu'en voyant sa frégate rasée comme un ponton et une bonne partie de son équipage tombée sous le feu ennemi.

Louis XVI, pour marquer au vainqueur sa haute satisfaction, s'était empressé de lui assurer le commandement de l'un de ses vaisseaux de ligne ; il fit même peindre ce combat pour perpétuer le souvenir des exploits de la marine française, et donna de sa main une copie du tableau au vicomte de Beaumont. Mais un mal terrible dont celui-ci souffrait depuis longtemps, et qui s'aggrava tout à coup d'une façon alarmante, fit craindre que le nouveau capitaine ne fût à jamais perdu pour la flotte royale. — « Sans cet accident, répliqua le comte de Provence aux regrets exprimés par un ami, Beaumont serait allé chercher bien vite un autre Windsor. » — Le frère Gosme, qui sonda bientôt après le glorieux malade chez l'archevêque son oncle, ne put s'empêcher de dire un peu brutalement ; « Mieux vous vaudrait là une balle anglaise. »

Toutefois l'opération, retardée alors par prudence, réussit plus tard à souhait — trop tard et trop précairement pour lui permettre de réaliser les espérances qu'on avait fondées sur son habileté et sur sa bravoure.

C'est ce même Antoine de Beaumont qui, député par la noblesse d'Agen aux États généraux, devait défendre avec tant d'énergie les intérêts de son ordre. C'est lui

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