DOULEUR DES JESUITES
un seul instant à perdre et qu'il fallait, coûte que coûte, prendre les avances auprès du Père général d'abord , puis auprès du pape.
Dans rintervalle , ce fut comme une explosion des plus admirables sentiments au sein des diverses maisons de la Compagnie, tant à Paris qu'en province. Partout on proteste contre ce projet de soustraire les Jésuites de France à Tautorité du chef commun , et c'est, de Paris à Rome, un échange de lettres où perce à chaque page cette conviction intime que « la nomination d'un vicaire général sera la ruine, à bref délai , de la Société dans le royaume ». L'espérance de tous est que jamais Ricci ni Clément XIII ne donneront les mains à une manœuvre qui tend à détacher les membres du chef, les enfants du père *. Plutôt le bannissement, plutôt l'exil , plutôt même l'extinction *. € Vôtre je suis, écrit l'un d'eux au général de Rome , vôtre je veux mourir ^,> — « Nous reconnaissons uniquement pour supérieur et pour père, est-il dit ailleurs, celui que Dieu nous a donné, celui que la Société entière reconnaît^et que chacun de nous entoure de son amour et de son respect *. »
Mais voici qu'on accuse quelques religieux, plus en vue, de se séparer de leurs confrères sur ce point délicat. L'archevêque de Paris en a été lui-même avisé.
^ « Ne membra a suo capile, iilios a parente oplimo separari unqunm patialur. » (Lettre du P. Dupays, recteur du collège de Rennes, 29 janvier.)
^ « Neminem qui non se exulem, extorrem autprorsus nullum... malit. » (Le P. Alain Ânsquer au P. Ricci, 31 janvier.)
' « Tuus sum ego, luus volo mûri. » (Le P. Firmin Le Roux au P. Ricci.)
* <fc Âlium non agnoscimus superiorem et patrem quam quem Deus dédit, quom tota Societas unanimi consensu agnoscit, amat, veueratur. > (Lettre du P. Joseph de Monoux, 9 février.)