‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 27 sur 348 · LE ROI EN REFERE AU PAPE · texte numérisé non relu

LE ROI EN REFERE AU PAPE

souverain pour sauver en France la Compagnie de Jésus*. De là un empressement regrettable pour transmettre au roi leur délibération , sans en avoir soufflé mot aux premiers intéressés.

Louis XV, de son côté, ne mit pas moins de hâte à dépêcher un courrier extraordinaire au cardinal de Rochechouart^ ambassadeur de France à Rome, avec mission d'obtenir sans délai le consentement pur et simple du P. Ricci, en lui remontrant, au besoin, qu'un refus de sa part ne pouvait que devenir fatal à sa Société '^.

« Cette nouvelle, écrit le P. Salvat, nous a tous consternés, qui plus, qui moins. » Les vrais amis de la Compagnie, par cela seul qu'ils se rendaient mieux compte de la situation, partageaient à divers égards, ces inquiétudes. La famille royale, notamment, ne put dissimuler sa vive peine, et une lettre écrite de la cour au P. de Neuville l'informa, le jour même, que « la Reyne ayant sçu ce qui s'était pas^é au conseil des dépêches, n'avait pu ny souper ny dormir de toute la nuit^ ».

Il y eut bien, chez quelques-uns , une sorte de détente les jours suivants, et nombre d'optimistes ne voulaient déjà plus envisager les choses sous couleur si noire. Apprenant toutefois qu'une dernière réclamation était parvenue trop tard au Conseil, à cause de la précipitation que le roi avait mise dans l'envoi du courrier, Christophe de Beaumont jugea qu'il ne restait pas

1 J'en trouve une conflrmalion dans ce passage d'une lettre écrite au P. Ricci, lô 18 janvier, par le P. Routh, de la maison professe de Paris: « Homines enim laici, alioquin benevôli, existimant belle et amice nobiscuni agi, si talibus condilionibus nos incolumes e manibus inimicorum nostrorum eripiant. »

' Cf. démentis XlVepistolœ el brevia selecliora, p. 336.

« Lettre du P. Salvat au P. Ricci, 18 janvier 1762 {Arch. du Gesù).

Page 1