‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 287 sur 348 · NAISSANCE DE MADAME ROYALE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE MADAME ROYALE

Désireuse d'intéresser le ciel en sa faveur, Marie- Antoinette venait de consacrer une somme considérable à faire sortir de prison les pères de famille qui ne pouvaient pas payer les mois de nourrice de leurs enfants. L'archevêque ne manqua point de glisser, dans son mandement, une allusion touchante à cet acte de royale charité. « Les prières du pauvre, écrivait-il, sont si efficaces ! Que n'obtiendront pas celles de tant de malheureux qui, par le recouvrement inattendu de leur liberté, ont été rendus à leurs familles et à des enfants qui réclamaient le secours de leurs pères, en même temps qu'ils étaient la cause innocente de leur détention ! »

Et lorsque, le 19 décembre de la même année, la reine eut goûté son premier bonheur de mère, bonheur qui avait failli lui coûter la vie, Beaumont traçait encore ces lignes qui contrastent douloureusement, par la confiance qu'elles reflètent, avec ce que nous savons aujourd'hui de la destinée de V Orpheline du Temple: « Ija princesse qui vient de naître n'est pas appelée par nos lois à porter la couronne de ses aïeux ; mais les filles de nos rois, lorsque la Providence divine ne les destine pas à monter sur des trônes étrangers, restent à la cour de leurs augustes pères pour en faire l'ornement et l'édification ^ » — De son côté, Marie- Antoinette, qui avait espéré avec la France entière la naissance d'un dauphin, ne prévoyait pas davantage les catastrophes de l'avenir, quand, pressant sur son cœur l'enfant de ses joies : « Pauvre petite , dit-elle, vous n'étiez pas désirée, mais vous ne m'en serez pas

1 Mandement du 23 décembre 1778.

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