AVIS MOTIVÉ DU DAUPHIN
conviens, mais nous voyons aussi dans quel sens et par quelles étranges manœuvres. Elle est bien avancée ! et ce doit être là le grand sujet de notre étonnement, que, dans une affaire d'État, la magistrature se soit arrogé Tinitiative sur le chef suprême de TÉtat, et qu'elle ait porté l'oubli de ses devoirs jusqu à procéder, au mépris même des ordres du roi. Ce bien de la paix, cette tranquillité publique dont dn nous parle, et que je croisdésirer autant que personne, ils sont dans le respect pour la justice, et ne sont que là. Non, ce ne sera pas dans ce conseil, je l'espère, que la passion des oppresseurs deviendra le crime des opprimés. Je déclare en conséquence que, 7ii en honneur ni en jconscience, je ne puis opiner pour l'extinction de cette Société d'homtnes précieux, aussi utile au maintien de la religion parmi nous que nécessaire à l'éducation de la jeunesse*.»
C'eût été le cas de peser les suffrages : Louis XV les compta. L'archevêque de Paris n'espéra plus qu'en Dieu.
La part active qu'il venait de prendre dans l'affaire des Jésuites ne l'avait point distrait de ses autres devoirs. Au plus fort de la lutte engagée pour la défense des religieux proscrits, il s'était retourné avec éclat contre un philosophe célèbre et avait frappé de condamnation le dernier de ses livres. La riposte, à la vérité, ne se fit pas attendre ; elle causa même assez de bruit pour que nous nous arrêtions un instant à ce curieux épisode de la vie de Christophe de Beaumont.
En rupture avec madame d'Épinay et ses anciens
1 Extrait des notes sur le dauphin remises à l'abbé Soldini, son confesseur, par la dauphi ne Marie -Josèphe.
54 Kt L*ÉMILE »• DE UOUSSEAU.
amis, Jean- Jacques Rousseau avait quitté depuis trois ans THemiitage et choisi sa retraite à Montmorency, non loin du château rustique où le maréchal de Luxembouiig lui offrait une large hospitalité. Cest là, dans cette solitude peuplée de ses rêves, au milieu des sites pittoresques et des bois charmants où l'or des genêts et la pourpre des bruyères < frappaient ses yeux d'un luxe qui touchait son coeur », que Rousseau mit la dernière main à la Nouvelle Héloïse et prépara la publication de YEinile, œuvre caressée entre toutes, dont, à l'en croire, il composait le cinquième livre « dans une continuelle extase * ».
On ne saïuait s'éprendre d'ime plus belle passion pour les spectacles de la nature ni leur attribuer plus d'influence sur le génie d'un écrivain.
Malheureusement i)Our le sophiste rêveur, Timpression de YEinile eut à subir quelques retards , et c'est dans les soucis que ces retards lui causèrent qu'on a surpris avec raison les premières atteintes de la triste manie, sorte d'obsession fatale, qui tourmenta Rousseau jusqu'à la fin de ses jours. 4c Plus j'avais à cœur, nous dit-il, la publication de mon dernier et meilleur ouvrage, plus je me tourmentais à chercher ce qui pouvait l'accrocher ; et toujours, portant tout à l'extrême, dans la suspension de l'impression du livre, j'en croyais voir la suppression*. » Et cependant Malesherbes, alors chargé de la direction de la presse, non seulement appuyait de tout son crédit l'auteur et le livre , mais il avait écrit de sa main à Rousseau que la Profes-
' Confessions, 2» partie.
« IbUl., liv. XI.