REMONTRANCES DU PARLEMENT
vexatoire obligea les prélats à regagner au plus tôt leurs diocèses, et Christophe de Beaumont fut laissé seul à la merci de ses ennemis et de ses juges.
Ceux-ci, qui entendaient châtier d'importance un archevêque « incorrigible », décidèrent d'instruire sans retard son procès en forme devant les princes et les pairs.
A cette nouvelle, le roi leur manda qu'il avait sévi directement contre le coupable et qu'il espérait que son Parlement n'irait pas plus loin ; mais les magistrats ripostèrent à ce honteux palliatif en taxant l'immunité personnelle réclamée par les évoques « de prétention séditieuse et d'égarement inconcevable ». Dans ces remontrances aussi indécentes dans la forme qu'injustes pour le fond , on faisait à Beaumont un crime de toute sa conduite depuis quinze ans ; on lui prodiguait les épithètes de factieux ^ de fanatique^ ôl agitateur, de tyran de ses subalteimesy d! homme qui ne s^ était signale "que par des vexations et des scandales. Tel était le portrait que l'on faisait de l'évêque le plus pénétré de l'étendue de ses devoirs ; d'un prélat que le conseiller, son dénonciateur, estimait « recommandable et révéré par des qualités et des vertus personnelles, par la pureté de ses mœurs, par sa charité et d'abondantes aumônes ».
Mais l'imputation sur laquelle on insistait le plus était celle de « sujet révolté et visant à l'indépendance, de chef et d'organe d'un parti redoutable à l'État, de coupable qui, par ses égarements et une révolte ouverte et soutenue, méritait l'animadversion de la plus sévère justice ». On voit que ces magistrats auraient voulu faire croire que c'était la même chose de se révolter contre
86 LE MANDEMENT LACERE ET BRQLÉ.
le souverain, ou de réclamer contre les excès de ses officiers de justice, qui furent eux-mêmes pendant ce , règne si souvent ligués contre les ordres et les lois du monarque ^
Quant aux Jésuites, ils étaient accusés d'avoir « abusé grossièrement d'un mot du concile de Trente, captieusement interprété dans un sens contraire à la bonne foi ». Les remontrances trouvaient mauvais, en effet, qu'on eût traduit pium par pieux dans ce passage du Concile : Pium eorum institutum a Sancta Sede approbatum. Et voilà ce qu'on appelait une interprétation captieuse et contraire à la bonne foi.
Une trentaine de voix, seulement, sur plus de cent membres réunis au palais, se prononcèrent en faveur de Beaumont^. Louis XV persista dans son refus de livrer l'archevêque , non toutefois sans avoir eu la faiblesse de déclarer qu'il sentait « la force des raisons » alléguées par les magistrats, et sans avoir protesté qu'il n'agissait ainsi que par son grand désir « d'éviter ce qui pourrait troubler la paix ».
Le mardi suivant, 24 janvier, sur les dix heures du matin, l'Instruction pastorale du 28 octobre était lacérée par les mains du bourreau et brûlée au pied du grand escalier. La philosophie battit naturellement des mains à cet acte de vengeance, dont elle estimait que la religion ne pouvait avoir qu'à souffrir. « Est-il vrai, mon cher frère, mandait le chef avoué des incrédules, est-il vrai qu'on a mis en lumière, au bas de l'escalier du Mai , la Pastorale de Monseigneur? ^ L'auteur sera assu-
1 Mémoires de PicoU l. IV, p. 140.
> Journal de Hardy (loc. cit.).