‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 76 sur 348 · BREF A LEVEQUE DE SARLAT · texte numérisé non relu

BREF A LEVEQUE DE SARLAT

clercs réguliers de la Compagnie de Jésus, idétruits dans presque tout le royaume de France, lorsque vous dites que l'Église a reçu une plaie profonde dans le désastre qui leur est arrivé. Les ennemis de la religion ont bien senti qu'il leur serait beaucoup plus facile de détruire l'Église catholique, s'ils venaient une fois à bout de renverser cette Compagnie, qui lui servait comme de rempart, et qui s'opposait à leurs efforts. » — Et le Souverain Pontife d'ajouter' : « Assurément, nous voyons dans vous, avec une vraie satisfaction, cette fermeté d'âme et cette liberté épiscopale qu'aucun respect humain ne peut empêcher de dire la vérité. Nous n'avons rien de plus à cœur que de voir tous les évoques marcher sur vos traces, et donner des instructions pastorales dans leurs différents diocèses, comme vous pro • mettez de le faire incessamment dans le vôtre, sans vous laisser intimider par aucun danger, afin de prémunir les peuples, confiés à leurs soins, contre les erreurs que les ennemis de la vérité veulent en ce temps, plus que jamais, répandre dans l'Église de Dieu par toute sorte d'artifices et par des fourberies qu'on aurait peine à croire ^ »

Le mandement que Montesquiou publia, presque à la même heure, est du 24 novembre 1764. Il y dévoilait d'abord les raisons de son silence et celles de divers autres prélats ; puis, prenant à partie certains actes épiscopaux conformes aux vues des parlements-, il réfutait le livre des Assertions avec une très grande habileté, et donnait à l'apologie de la Compagnie de

• Bref du 14 novembre.

' Mandements de Fitz-James (Soissons), de Grasse (Angers), de Beauteville (Alais).

106 ^ ÉDIT d'expulsion.

Jésus un acofent de vérité qui fit sensation jusque dans les milieux les plus frivoles ^ Mais déjà le coup fatal était porté, et Ton vit bien qu'il avait surpris les hommes même qui semblaient le mieux préparés à l'attendre.

Christophe de Beaumont était de ceux-là. Il se flattait toujours que sa convalescence ne serait traversée par aucun incident fâcheux. Son mécompte n'en fut que plus vif, et nous pouvons dire de lui, comme Theiner le dit de Clément XIII , « qu'il versa des larmes amères », quand le roi, tiraillé en tout sens et excédé de lassitude, sanctionna les arrêts implacables du Parlement par ce triste arrêt de novembre qui supprimait définitivement l'ordre des Jésuites dans toute l'étendue du royaume. « C'en est fait enfin des bénits Pères ! s'écrie avec transport le comte de Caylus. L'autorité royale s'est jointe aux arrêts du Parlement pour les détruire sans espérance ^. »

Sans espérance !

Quelques jours après, un enfant de neuf ans jouait dans la chambre de sa mère avec la pétulance des garçons de son âge. « Joseph, lui dit la noble dame, ne soyez pas si gai; il est arrivé un grand malheur. » Et elle lui raconta la nouvelle, qu'elle venait d'apprendre, du funeste édit d'expulsion. L'enfant se souvint toujours de cette scène, et dès lors il recueillit pieusement, comme une partie de l'héritage de sa sainte mère, les

> Jo lis dans les Nouvelles à la main : « Cet ouvrage, même comme littérature, est très bien fait ; il est écrit avec autant de force que de modération, et donne un bel exemple du zèle avec lequel un évéque doit dire son sentiment dans les matières qui le concernent. » (30 mai 1765.)

' Lettre du 8 novembre à Paciaudi.

BEAUMONT RAPPELÉ DE l'eXIL. 107

sentiments que celle-ci avait voués à la Compagnie de Jésus. Il faut dire que ce fiit pareillement un héritage paternel. Un demi-siècle plus tard, Joseph de Maistre — car c'était lui — se fera une fête d'écrire à certain jésuitophobe de sa connaissance : « Mon grand-père aimait les Jésuites, mon père les aimait, ma sublime mère les aimait, je les aime, mon fils les aime, son fils les aimera ^.. »

Et ce sont là, grâce à Dieu, des sentiments dont la tradition ne se perd pas au sein des familles chrétiennes, accoutumées qu'elles sont à compter, en dépit de tout, avec ces ineffables retours de la Providence qui finit par casser des arrêts non moins « irrévocables » que celui de Louis XV !

Le 4 décembre, le duc de Praslin, ministre des affaires étrangères, terminait une longue dépêche au marquis d'Aubeterre, ambassadeur à Rome, par un post-scriptum dont voici la teneur : « Le roy, en conséquence de son édit, a levé la lettre de cachet qui exiloit M. l'archevêque de Paris à quarante lieues de son diocèse, et Sa Majesté a permis à ce prélat de revenir dans la capitale. »

Ce fut le 16 du même mois que Beaumont rentra dans son palais, mais il laissa l'évêque de Cydon présider encore aux ordinations des Qyatre-Temps, et ne parut à la métropole que pour les premières vêpres de Noël. Les membres du chapitre s'étaient hâtés, dès son arrivée à Conflans, de lui envoyer une députation pour le remercier « de sa bonté pour eux » et provoquer des prières publiques à l'endroit d'une santé si chère à

^ Cf. Astocialion ccUkoliqite, t. VII, p. 194.

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