VIOLATION DES CLÔTURES
l'autorité légitime. Le Parlement le décrète aussitôt de prise de corps et députe de son chef l'abbé Lafont , doyen du chapitre de Saint-Gloud, avec charge de procéder à la cérémonie du Viatique.
Le doyen, après s'en être défendu pendant huit jours, commet la faiblesse de se prêter à cette véritable profanation. La supérieure, forte de la défense de l'archevêque, refuse de livrer passage à un ecclésiastique sans mandat régulier. Les magistrats parlent alors de forcer l'entrée du couvent. La supérieure tient ferme. Sur l'ordre du lieutenant de police, on crochète les portes, on fait sauter les serrures, les clôtures sont violées. « Au milieu de ces scandales, est-il dit dans la protestation du clergé, un prêtre sans pouvoir, sans autorité, a osé, en vertu d'un arrêt du Parlement, porter le Saint des saints à une religieuse indocile qui n'avait pas approché depuis quatre ans des Sacrements, qui a déclaré n'avoir pas reçu l'absolution, qui a refusé tous les secours que lui a offerts son archevêque , et qui n'avait pas craint d'annoncer elle-même le complot criminel dont elle se proposait de donner le spectacle ^ »
« L'affaire de Saint-Cloud est criante, dira bientôt l'évêque d'Amiens ; c'est à l'impiété même qu'on porte le Viatique par ordre des juges laïques, contrjB le gré des pasteurs. Le roi a bonne volonté , mais il a laissé gagner tant de terrain aux parlements qu'on ne voit pas comment il pourra reprendre son autorité^. » L'empiétement de la magistrature avait paru néanmoins trop abusif en cette rencontre pour que le prince restât indifférent aux
î Procès-verbal, p. 325.
* Lettre du 3 octobre 1765 (loc, cit.).