‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 83 sur 348 · RÉPONSE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE LOUIS XV

bres de TAssemblée décidèrent sur-le-champ qu'on en écrirait au roi. Loménie de Brienne fut chargé de rédiger la lettre, et Tabbé de Cicé eut mission de la présenter à ce prince. Celui-ci n'ayant daigné honorer son clergé que d'une réponse verbale^ fort évasive d'ailleurs, l'Assemblée, justement froissée d'un procédé tout nouveau, voulut que Tarchevêque de Toulouse en exprimât ses plaintes dans une autre missive, confiée cette fois à l'abbé de la Luzerne. Louis XV, mieux inspiré ou mieux conseillé, lui faisait remettre, le jour même, la note suivante qui n'est pourtant pas sans aigreur :

Je ne peux pas changer les conseils que j'ai donnés à Tarchevêque de Paris, même par intérêt pour lui, et qui auraient dû être ignorés de l'Assemblée du Clergé. Je ne lui ai pas défendu de s'y rendre, et je le verrai sans peine user de son droit , comme ont fait ses prédécesseurs et lui-même.

Beaumont, plus jaloux qu'on ne croit d'éviter les provocations inutiles, attendit de son plein gré jusqu'au 2 octobre; mais dans cette réunion, qui devait être la dernière de l'année, il répondit au bienveillant accueil dont il y fut l'objet par l'expression la plus nette de son assentiment aux mémorables Actes du Clergé^,

Dans l'intervalle, en eflfet, l'Assemblée avait livré à l'impression, sous ce titre, un grave document dont la première partie était destinée à dévoiler les projets de l'impiété et à paralyser ses efforts, en condamnant les principaux écrivains qui s'efforçaient de les faire réussir. Une seconde partie exposait les droits de la puissance spirituelle; la troisième renfermait une double

ï Le procès-verbal relate son discours in extenso, p. 562.

PLAINTES DE l'ÉVÊQUE d' AMIENS. 121

adhésion à la bulle Unigenitiis et à l'encyclique de Benoit XIV sur les sacrements. Ces Actes, souscrits par les trente-deux prélats et les trente-six députés du second ordre, venaient d'être expédiés à tous les évêques du royaume, lesquels étaient priés, d'y joindre l'autorité de leurs suffrages. Une lettre du saint ami de Beaumont va nous apprendre quelles sont les conséquences immédiates de ces résolutions du Clergé de France :

C'est un état bien critique pour la religion, ma très chère et respectable fille. Le Parlement, par un premier arrêt, a supprimé les actes de l'Assemblée, et par un second, le lendemain, a fait brûler la lettre circulaire que les évêques de TAssemblée écrivaient à tous ceux qui sont dans les provinces, pour les inviter à publier ce qu'ils ont décidé unanimement. L'Assemblée s'est transportée à Versailles, et le roi, ayant tenu son conseil, a cassé les deux arrêts ; sur quoi on dit que le Parlement s'est assemblé.

Il n'y a rien de plus, mais il y aura bientôt quelque autre chose. Il me semble que la Parlement veut absolument gouverner la religion et secouer Tobéissance au pape et aux évêques. Quoi qu'il arrive de leur part, ne soyez pas anglicane, attachez-vous au chef et à ceux qui y tiennent. La religion tient à très peu de chose en France pour l'autorité : les parlements sont résolus d'anéantir celle du pape et des évêques. Ainsi chacun prendra son parti ou pour le schisme ou pour la soumission aux légitimes pasteui^. C'est où en sont les choses ^

Le pape Clément XIII ne l'avait-il pas prédit naguère, quand, signalant un véritable châtiment de Dieu dans les maux qu'entraînerait en France la destruction de là Compagnie de Jésus, il écrivait à l'évêque de Montpellier : « Nous croyons que Dieu dans sa colère n'a

ï Lettre du 27 septembre 1765 (Archiv. do Sainl-Achoul).

122 L*UBSULINE RÉFRACTAIRE.

envoyé ces fléaux et d'autres semblables, des maux même plus grands, en un mot, toutes les calamités sur le royaume de France, qu'en punition de ce qu'on y livre le corps de son Fils unique à des hommes indignes, dont la rébellion contre le Saint-Siège est également notoire et obstinée. Nous pensons que le trouble augmentera chaque jour de plus en plus^.. »

Sur ces entrefaites, certaine religieuse ursuline du monastère de Saint-Gloud, encouragée par neuf de ses sœurs réfractaires comme elle, excita tout à coup une scène déplorable que l'Assemblée du clergé , dans ses remontrances au roi, dut justement qualifier de « scandaleuse ».

Depuis longtemps déjà des divisions intestines troublaient cette communauté, divisions qui avaient eu pour principe l'attachement d'une partie de ces filles à la secte janséniste et leur opposition aux confesseurs envoyés par l'archevêque de Paris. Plutôt que de se soumettre, les récalcitrantes s'étaient résignées à rester, pendant des années entières, privées de la consolation des sacrements. Or, au mois d'août 1765, se trouvant en danger de mort, sœur Saint-François trompe la surveillance dont elle est l'objet et réussit à présenter requête au Parlement « pour qu'il soit fait sommation au sieur Beurré, chapelain de la maison, de l'administrer dans les vingt-quatre heures ».

Beurré décline une mission qu'il ne veut tenir que de

1 Bref du 7 décembre 1763 {BuUarii Romani continuation l. III, p. 837). — Il est certain, selon la remarque d'un auteur cité plus haut, que « la révolution religieuse était commencée ». Les principes étaient posés, et, si les parlements avaient été conséquents, ou la France aussi avancée qu'eux, on n'aurait pas mis trente ans pour arriver à la Constitution civile du clergé.

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