‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 102 sur 401 · SURPRISES DE L OPINION · texte numérisé non relu

SURPRISES DE L OPINION

content du nouvel archevêque, et je puis vous assurer d'avance qu'il aura pour vous tous les égards que vous méritez, et qu'un aussi illustre chapitre que celui de l'Eglise de Paris trouvera dans son nouveau prélat tous les sentimens qu'avoit déjà pour luy l'archevêque que nous regrettons. Je suis avec un attachement sincère et respectueux, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

-|- L'anc. Ev. de Mirepoix ^

* La surprise, U faut le dire, fut des plus grandes, même chez les nombreux amis de Mgr de Beaumont, dont pas un n'avait imaginé qu'il pût être sur les rangs ^. L'évêque Boyer s'attendait à ces surprises de l'opinion et, d'avance, il s'était préparé à l'assaut des critiques. Premier aumônier de feu la dauphine, ne savait-il pas de bonne source qu'on ne pouvait proposer un choix meilleur^? Sans dissimuler qu'il n'avait fait qu'entrevoir un jour l'évêque élu, il répondait hardiment d'un prélat dont le caractère était résumé pour lui dans cet éloge : « C'est un homme sage, doux, régulier, fort réglé dans ses mœurs et non suspect dans sa doctrine, qui ne joue jamais, et qui vit ecclésiastiquement avec ses chanoines *. »

1 Lettre autographe insérée dans les Registres capitulaires de Noire-Dame (archives nationales, LL 335^^, délibération du lundi 8 août 1746).

' Luynes cite, en particulier, le nom de la duchesse d'Uzèsque nous avons vue s'entremettre, auprès de Fleury, pour obtenir à Ch. de Beaumont l'évôché de Bayonne. « Elle le regardait comme fort bien traité » et s'était étonnée déjà de sa nomination au siège de Vienne. {Mémoires, t. VII, p. 381.)

* 4C On peut lui pardonner cette prévention, — écrit ici le duc de Luynes, prévenu lui-même d'abord plus que personne contre l'archevêque, — et peut-être que le succès répondra à la droiture de ses intentions. » {Ibid., p. 382.) — Luynes sera des premiers à revenir de son préjugé quand il aura vu à l'œuvre le nouveau prélat.

* Luynes {loc. ciL). — Les adversaires à tout prix du saint archevêque en furent réduits à dire qu'il monta sur ce siège illustre « sans autre mérite que sa figure et son dévouement aux Jésuites. » — Bandeau, à qui j*em-

106 REFUS DE l'archevêque.

Pour qui se reporte par le souvenir au temps dont nous parlons, il n'est pas malaisé de convenir que, dans sa simplicité même, cet éloge a du prix.

Mais si l'étonnement des autres fut « inexprimable, » que dire de Tétonnement du modeste Beaumont? Une première lettre de Boyer l'avertit qu'on va le proposer au roi : il écrit sur l'heure, avec prière instante de « ne jamais faire mention de lui pour cette place. » Une seconde missive, loin d'obtenir du succès, provoque une réponse catégorique et un refus des plus nets. Boyer insiste de la part du roi, disant, en propres termes, que Sa Majesté sera irès-fachée qu'il n'accepte point. Beaumont, qui avait parfois lui aussi ce que Mézeray appelle la négative un peu rude, s'opiniâtre dans son refus motivé : il ne cesse de représenter quels sont, à l'égard des translations d'un siège à l'autre, l'esprit et les règles de la sainte Église ^ Louis XV se décide à intervenir personnellement. Il écrit de sa main à l'archevêque de Vienne, et la lettre royale, datée du 16 août, paraît moins adresser une invitation que dicter un ordre. La résistance ne peut durer plus longtemps : Christophe de Beaumont finit par céder, non sans se plaindre, dans sa réplique à M. de Mirepoix, de ce qu'il nomme les trahisons de l'amitié.

Peut-être pensait-il, comme autrefois Grégoire de

prunle ce trait méchant, prête encore au frère aîné de Beaumont cotte plaisanterie un peu lourde : « Lorsque nous sortîmes de La Roque pour aller au Bugue chez un précepteur apprendre le peu de latin que lui et moi ayons jamais su , on nous mit sur un âne, et vous voyez où ce diable d^âne Ta conduit... à l'archevêché de Paris. » {Revue rétrosp.^ t. III, p. 266.)

1 II faut vouloir considérer les ciioses par un bien misérable côté pour attribuer la persistance de ces refus à la crainte € des dépenses » qu'allait entraîner une installation nouvelle (Cf. Barbier, t. IV, p. 175).

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