‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 130 sur 401 · RÉTRACTATION DE L*AUTEUR · texte numérisé non relu

RÉTRACTATION DE L*AUTEUR

prudence avaient guidé le digne prélat dans une affaire que les organes de la secte envenimèrent à plaisir.

Dans les premiers jours de février 1748, on remettait à l'archevêque de Paris la lettre suivante :

Monseigneur,

Recevez avec bonté un auteur qui a le chagrin d'avoir publié un livre qui ne fait que trop de bruit. C'est dans votre diocèse que le livre intitulé V Esprit de Jésus-Christ et de V Église sur la fréquente Communion, a été imprimé ; il est juste, Monseigneur, que ce soit devant Votre Grandeur que j'en fasse le premier désaveu public.

Peu de temps après que ce livre eut paru, mes supérieurs le désapprouvèrent, en arrêtèrent le débit et ordonnèrent qu'on le corrigeât. Plusieurs grands prélats, plusieurs sçavants théologiens firent sur cet ouvrage de sages et judicieuses observations. Dieu m'a fait la grâce d'avoir la docilité qui convient à mon état. Je déférai, comme je le devois, aux lumières de tant de personnes respectables ; et comme on convenait que, pour remédier au mal, il était à propos de faire une seconde édition de mon ouvrage, qui rectifiât et fît disparaître tout ce qu'il y a de condamnable dans la première, ce travail ' fut aussitôt entrepris.

Vous sçavez vous-même. Monseigneur, que dès la fin du mois d'août 1747, cette seconde édition était prête de ma part; que revue par des yeux éclairés et retouchée par des mains habiles, on m'assuroit qu'elle pouvoit être désormais utile aux fidèles qui la liroient dans un esprit de religion, et que ce n'est que quelques difficultés que je n'avois pu prévoir, qui en ont empêché l'impression. Dans la crainte néanmoins qu'on ne me soupçonne d'y avoir mis obstacle et de tenir encore à des maximes répréhensibles, je déclare ici à Votre Grandeur (et la supplie de ne point laisser ignorer cette déclaration) que je désavoue le livre intitulé VEsprit de Jésus-Christ et de l'Église sur la fréquente Communion, imprimé à Paris, chez Guérin, en 1745 ; que je rétracte cet ouvrage ; que je le condamne de tout mon cœur.

J'ai l'honneur, etc..

PicnoN, jésuite.

A Strasbourg, ce 24 janvier 1748.

146 tETTRE DE BEAUMONT.

Heureux d'une démarche qui répondait si bien à ses propres sentiments, Christophe de Beaumonts*empressa d'en communiquer le résultat au clergé séculier et régulier de son diocèse. La lettre du vénérable archevêque donne, en quelques mots d'une admirable simplicité, toute l'explication de sa conduite.

... Peu de temps aprèïçque la divine Providence nous eut appelé au gouvernement de ce diocèse, nous examinâmes, de concert avec plusieurs prélats, les moyens de prévenir le mal que pouvait faire cet ouvrage. Vous verrez par la lettre qui contient la rétractation du P. Pichon, qu'on était convenu d'en faire une nouvelle édition, qu'elle était même en état de paraître, et qu'elle a été arrêtée par des difficultés que l'auteur n'avait pu prévoir.

Dans la crainte qu'on ne lui imputât le retardement de la réparation qu'il devait au public, il nous écrivit une première lettre où il rétractait tous les endioits de la première édition de son livre qu'on avait cru devoir changer ou retrancher dans la seconde. Gomme cette lettre était relative à une édition qui n'a pu avoir lieu, nous n'avons pas jugé à propos de la i)ublier. Le P. Pichon en étant instruit, nous a envoyé la rétractation que nous vous présentons aujourd'hui. Nous avons lieu de croire que vous serez édifiés de la démarche d'un auteur qui est le premier â condamner son propre ouvrage. L'Église n'est jamais plus sati.sfaite que lorsqu'elle voit ceux qui sont tombés dans des excès répréhensibles, en faire le désaveu public et prévenir le jugement des supérieurs ecclésiastiques par ce^3lli qu'ils prononcent contre eux-mêmes.

Animé du même esprit de charité et de condescendance, les droits de la vérité étant à couvert, nous ne devons plus penser qu'à retirer ce livre des mains des fidèles... Nous sommes assuré que vous serez toujours également en garde, et contre les fausses maximes d'une sévérité outrée qui tendraient à détourner les fidèles de la fréquente communion, et contre les excès d'indulgence et de facilité qui les porteraient à négliger les saintes dispositions qu'elle exigea.

• Lollru du 8 février 1748.

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