SECRETS MOBILES DES MENEURS
côté, et d'un autre l'archevêque de Paris , l'abbaye de Sainte-Geneviève, les curés de Paris. En voilà un dans les prisons. » Puis il ajoute , avec un grand bon sens : « Toute cette affaire est suscitée par les jansénistes , pour faire un coup d'éclat; car le petit Goffin, conseiller au Châtelet, n'est, dans le fond, ni janséniste, ni moliniste. On l'avait déjà fait agir dans l'affaire de son oncle ; il a deux tantes, sœurs du défunt Goffin, qui sont véritables jansénistes, et dont il attend la succession. Ce n'est pas la confession qui les embarrasse, car entre eux ils se confessent et s'administrent, dit-on, les sacrements secrètement sans s'embarrasser autrement des pouvoirs de l'archevêque , ce qui devient un manque de discipline et de subordination très dangereux K »
Ces réflexions d'un simple chroniqueur, homme du monde, ne manquent pas de finesse. Elles dénotent, dans tous les cas, une réelle intelligence des secrets motifs qui dirigeaient les principaux meneurs. Que serait-ce s'il fallait nous en rapporter de tout point à Collé, pour qui ce conseiller au Châtelet ne fut jamais qu'un « fieffé libertin , » ne méritant d'aucune sorte l'intérêt qu'on cherchait à provoquer autour de son lit de mort^? Aussi bien la nature de la maladie qui l'emportait ne trompa guère ses familiers, et s'ils continuèrent à parler d'un « abcès dans la poitrine, » Barbier raconte tout haut qu'on ne disait pas autrement « pour l'honneur du jansénisme^. »
Cependant les gens du roi s'étaient rendus auprès de
* Journal, l. IV, p. 504.
* Journal et Mémoires^ t. I, p. 87.
^ Journal, t. IV, p. 501.
RÔLE DE l'archevêque. 173
Mgr de Beaumont pour lui porter l'invitation de la Cour : mais ils ne l'avaient point rencontré au palais archiépiscopal. Déjà les malveillants prétendaient que Beaumont venait de se dérober aux responsabilités urgentes : il ne manquait même pas de soi-disant témoins pour affirmer qu'on l'avait vu mettre les chevaux à sa voiture et fuir jusqu'à Conflans. Les hommes du Parlement continuaient à être si animés, qu'on parla encore de renvoyer à l'archevêché les gens du roi , avec ordre de faire chercher le prélat et de l'attendre , « la Cour restant en place jusqu'à leur retour ^ » Ceux-ci^ toutefois, ayant promis de rapporter leur réponse dès le lendemain, se rendirent, le soir même, chez l'archevêque qui avait simplement passé l'après-midi au bureau des pa7wres.
Beaumont les reçut avec la politesse et les égards dont il ne se départait avec personne. Quant aux déclarations qu'il leur fit, on sait, par le témoignage des intéressés eux-mêmes, qu'elles se réduisaient en substance à ces termes :
« Je prie* la Cour d'être persuadée combien je désire que tous mes diocésains puissent recevoir les secours spirituels dont ils ont besoin dans leurs derniers moments. Aussitôt que j'eus connaissance de l'emprisonnement du P. Bouettin, je fis venir les deux vicaires de Saint-Étienne du Mont^ pour les charger de visiter fréquemment le malade , de remplir envers lui tous les devoirs que la charité exigeait d'eux, de lui administrer même les sacrements y dès qu'ils seraient assurés , par la déclaration du confesseur ou par un billet de lui, que
1 iVottueiZca de 1751, p. 55.