ATTITUDE DE LOUIS XV
choses comme elles sont dureront autant que moi^ »
Les choses dureront autant que moi ! Celte parole exprimait déjà le necplus ultra de l'ambition d'un souverain en France. Aujourd'hui — on l'a dit avec raison — un gouvernement qui durerait la vie d'un homme est un phénomène que nous ne connaissons plus. Louis XV, chez qui la volupté n'avait pas complètement émoussé une certaine droiture de sens, avait mille fois raison de considérer l'opposition des parlements comme plus dangereuse que les réclamations du clergé ; mais dans la situation d'esprit que vient de manifester ce prince, il est aisé de prévoir quelle sera l'issued'une crise où s'agitent des intérêts d'un ordre supérieur. La reine, la dauphine, Mesdames de France le supplieront vainement de ne pas abandonner l'archevêque et la religion en péril, le roi ne saura que donner tort successivement aux deux partis.
L'équité en souffrit beaucoup. L'autorité et la monarchie gagnèrent-elles quelque chose?
Cependant le Parlement s'était flatté d'amener à sa barre l'intrépide archevêque de Paris. De là cette convocation assez cavalière de la pairie invitée, sans plus de façon, à venir instruire le procès d'un prélat que les gens de bien surnommaient déjà le fléau de Terreur et le bouclier de la foi"^! Vivement rappelés par Louis XV au sentiment des convenances, les magistrats se disposèrent à ne garder plus aucune mesure.
Sur ces entrefaites, la sœur Perpétue, occasion acci-
i Cf. Mémoires (collection Barrière , t. III, p. 72),
* Ainsi s'exprimait on 1752, au sujet de Beaumont, l'auteur du Discours sur la puissance épiscopale, discours qui eut les honneurs d'une censure parlemenlaire (16 septembre).